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Full text of "Anatomie et physiologie du poumon : considéré comme organe de sécrétion"

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THE 

ABNER WELLBORN CALHOUN 
MEDICAL LIBRARY 

1923 



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ANAT0M1E ET PHYSIOLOGIE 

DU POUMON 

CONSIDÉRÉ COMME 'ORGANE DE SÉCRÉTION. 



A. DELAHAYE, LIBRAIRE-ÉDITEUR, A PARIS, 

PLACE DE L'ÉCOLE DE MÉDECINE, 23. 



TRAVAUX DU MEME AUTEUR: 

Réflexions sur la Névralgie lombo-abdomi- 
nale, considérée surtout au point de vue des causes et 
du diagnostic. (Épuisé.) 

Traité élémentaire d'histologie , 1 volume in-8° 
de 336 pages, franco 5 fr. 50 

Anatomie descriptive et Dissection , contenant 
un précis d'embryologie avec la structure microscopique 
des organes et celle des tissus, 1 volume in-12 de 1120 pages 
avec 182 figures intercalées dans le texte, franco. 11 fr. 50 



SOUS PRESSE pour paraître prochainement : 

Manuel de Pathologie et de Clinique externe , 

l volume in-12, avec figures intercalées dans le texte. 



l'OITIERS. — TYPOGRAPHIE DE HENRI OUDIN. 



ANATOMIE ET PHYSIOLOGIE 

DU POUMON 



CONSIDERE 



GOMME ORGANE DE SECRETION 



Le Docteur FORT, 

ANCIEN INTERNE DES HOPITAUX, 

PROFESSEUR LIBRE D' ANATOMIE ET DE PHYSIOLOGIE A L'ÉCOLE PRATIQUE , 

MEMBRE CORRESPONDANT DES FACULTÉS DE MÉDECINE DE BORDEAUX , MARSEILLE , POITIERS, 

ET DE L'ACADÉMIE DES SCIENCES ET LETTRES DE MONTPELLIER, 

MÉDECIN CONSULTANT AUX EAUX DE CAUTERETS. 



AVEC 4© FIGURES INTERCALÉES DANS LE TEXTE. 



EMORY UNIVER5ITY 

THE A. W. CALHOUN MED1SAL LI'BRARY 

PARIS 

A. DELAHAYE, LIBRAIRE - ÉDITEUR , 

23, place de l'école de médecine. 

1867 



ANATOMIE ET PHYSIOLOGIE 

DU POUMON 



CONSIDERE 



COMME ORGANE DE SÉCRÉTION. 



AVANT-PROPOS. 
Travaux anciens sur le poumon — De tout temps, les 

anatomistes ont dit que le poumon ressemble à une 
glande en grappe ; mais si l'on jette les yeux sur les 
auteurs qui ont fait de cet organe une étude appro- 
fondie , on trouve que dans tous cette idée n'existe , si 
nous pouvons nous exprimer ainsi, qu'à l'état de germe. 
Aucun , dirigeant ses investigations de ce coté , n'a fait 
une étude complète de cette analogie, de cette iden- 
tité de structure et de fonctions qui existe entre l'ap- 
pareil respiratoire et un appareil de sécrétion. Nous 
n'avons pas la prétention de présenter ici un travail 
nouveau, une découverte, mais simplement l'exposé 
de nos réflexions sur le sujet, et, chemin faisant, 
quelques idées nouvelles d'ordre physiologique et pa- 
thologique que ces réflexions nous ont suggérées. 






2 ANATOMIE ET PHYSIOLOGIE DU POUMON. 

Avant la découverte des lobules pulmonaires par 
Malpighi , vers le milieu du xvn e siècle ' , les anatomistes 
considéraient le poumon comme une masse charnue 
dans laquelle l'air et le sang se mélangeaient. 

Vers la même époque, Bartholin confirme la décou- 
verte de Malpighi. Quelques années après les tra- 
vaux de Malpighi (1675), Willis 2 se livre à l'étude 
du poumon, et dans la description qu'il en donne, il 
compare l'ensemble des divisions bronchiques et des 
lobules pulmonaires qui les terminent à une grappe de 
raisin. 

En 1718, Helvetius 3 étudie attentivement le poumon, 
et montre , d'accord en cela avec Haller , l'indépen- 
dance des lobules , méconnue par Malpighi et ses con- 
temporains, qui paraissaient croire que tous les lobules 
communiquaient entre eux. Helvetius se borne à repro- 
duire l'idée de Willis, que les lobules du poumon sont 
suspendus aux dernières ramifications bronchiques 
comme les grains de raisin à leurs pédoncules. 

Dans les travaux de Sœmmeringetde Reisseissen sur 
la structure des poumons, on ne peut saisir aucun 
passage dans lequel les auteurs aient comparé le pou- 
mon à une "lande. 



\. Malpighi, De pulmone , epist. ad Borellium (1661). (Opéra omnia , 
pages 320 et 327.) 

2. Willis , De respirationis organis et usu (Opéra omnia, T. II). 

3. Helvetius , Observations sur le poumon de l'homme (Mémoire de 
l'académie ries sciences, 1718). 



TRAVAUX MODERNES. 



Travaux modernes. — Magendie ', Duvemoy % M. Bazin 3 , 
dans leur travail sur la structure du poumon, n'en font 
pas mention. Depuis, de nombreux travaux ont paru sur 
le sujet qui nous occupe. MM. Gh. Lereboullet 4 , Addison 5 , 
Rainey 6 , Moleschott 7 , Rossignol 8 , Kolliker 9 , Mandl ,0 , 
Lefort", Milne-Edwards' 2 , Sappey 13 , Robin 14 , ont 
éclairé d'un nouveau jour la structure si compliquée 
du poumon. Parmi tous ces auteurs qui se bornent çà 



1. Magendie (1821), Journal de Phys., T. I. 

2. Duvernoy (1839), Fragments sur les organes de la respiration dans 
les animaux vertébrés (Comptes-rendus, T. VIII). 

3. Bazin (1836) , Comptes-rendus de l'académie des sciences, T. II, et 
Rapport sur son Mémoire , par de Blainville (Annales des Se. nat., 1 839 ; 
2« série, T. XII). 

4. Lereboullet (1838), Anat. comp. de l'app. respiratoire des ver- 



5. Addison (1842), On the ultimate distribution , etc. (Philos. Trans.). 

6. Rainey (1843), On the minute structure of the Lungs and the for- 
mation of pu Imonary tubercule (Trans. oflheMedec. chir. soc. of London), 
Vol. XXVIII. 

7. Moleschott (1845), De Malpighiani pulmonum vesiculis (Dissert, 
inaug. Heidelberg). 

8. Rossignol (1847), Recherches sur la structure du poumon (Mém. des 
concours publiés par l'Acad. de méd. de Belgique), Bruxelles. 

9. Kolliker (1856), Éléments d'histologie. (Traduction de MM. Béclard 
et Sée). 

10. Mandl, Anat. microsc.,T. II , et Gazette hebdomadaire, 1857. 

11. Lefort (1858), Thèse de Paris . 

12. Milne-Edwards (1858), Leçons sur la physiol. et l'anatomie com- 
parée de l'homme et des animaux, T. II. 

13. Sappey (1864), Anatomie descriptive , T. III. 

14. Robin (1860-66), Cours d'histologie. 






4 ANATOMIE ET PHYSIOLOGIE LU POUMON. 

et là à dire que le poumon présente une certaine ana- 
logie avec une glande en grappe , un seul , M. Mandl , 
parle un peu plus longuement de cette analogie et con- 
sidère la fonction du poumon comme une excrétion. Ce 
savant a surtout étudié l'analogie qui existe entre le 
poumon du fœtus et une glande en grappe. Dans sa des- 
cription, M. Mandl a négligé, à peu près complètement, 
le côté physiologique de la question. Cependant, il faut 
reconnaître qu'après la lecture de son travail , on est 
persuadé que l'auteur soupçonnait et aurait pu démon- 
trer l'excrétion pulmonaire. 

En somme, nous croyons pouvoir dire en toute vé- 
rité que l'on ne trouve clans les ouvrages de physio- 
logie que des idées vagues sur les poumons considérés 
comme organes de sécrétion. M. Longet 1 , dans un pas- 
sage de son ouvrage, parle de l'excrétion de l'eau par le 
poumon; M. Béclard 2 semble y faire allusion. Enfin, 
M. Robin 3 en parle plus longuement dans un article sur 
l'haleine ; mais aucun de ces auteurs n'étudie l'excré- 
tion pulmonaire comme une excrétion particulière. Et 
pour preuve de ce que nous avançons, nous ne crain- 
drons pas d'affirmer qu'après la lecture des ouvrages 
d'anatomie et de physiologie que les médecins et les 
élèves ont entre les mains , aucun ne peut être amené 

1. Longet, Traité de physiologie, 1860, T. I. 

2. Béclard (1867), Traité élémentaire de physiologie. 

3. Robin (1867), Leçon sur les humeurs normales et morbides du corps 
de l'homme, p. 791. 



TRAVAUX MODERNES. o 

à soupçonner une glande dans le poumon et une excré- 
tion dans le phénomène de l'expiration. 

C'est en nous inspirant des travaux des auteurs qui 
nous ont précédé et en les complétant , s'il nous est 
permis de tenir ce langage, par nos propres observa- 
tions, que nous avons rédigé ce travail. Si nos idées 
sur ce point sont justes, nous avons la conviction de 
placer la question sur un nouveau terrain , d'où les 
observateurs pourront partir pour envisager une foule 
de phénomènes et de lésions morbides inconnus ou 
mal connus jusqu'ici. 



ANATOMIE ET PHYSIOLOGIE DU POUMON. 



CHAPITRE PREMIER. 

LE POUMON EST UNE GLANDE. 

Dans ce Mémoire, je me propose de démontrer la vé- 
rité des deux propositions suivantes : 

Le poumon est une glande. L'appareil de la respira- 
tion est un appareil de sécrétion. 

Pour arriver à cette démonstration , il faut : 1° éta- 
blir qu'il existe une analogie incontestable dans la dis- 
position anatomique de l'appareil respiratoire et dans 
celle d'un appareil sécréteur, et une analogie non moins 
manifeste, dans la structure du poumon et dans celle 
d'une glande ; 2° expliquer les différences qui séparent 
ces deux appareils ; 3° enfin , envisageant ces diffé- 
rences au point de vue anatomique et physiologique , 
faire voir qu'au lieu de séparer l'un de l'autre l'appareil 
de la respiration et l'appareil de sécrétion , elles les 
rapprochent au contraire. 



IDEES GENERALES SUR LES GLANDES. 



ARTICLE PREMIER. 



IDEES GENERALES SUR LES GLANDES. 



§ I er . — Assimilation. Désassimilation. 

Lorsque notre pensée s'arrête aux phénomènes in- 
times de la nutrition , que voyons-nous ? Tous nos or- 
ganes, tous nos tissus arrosés par une quantité infinie 
de petits canaux chargés de distribuera ces organes, 
à ces tissus, le suc nourricier, la partie liquide du sang, 
celle qui sert à leur genèse, à leur accroissement, à leur 
rénovation. 

Dans les rapports intimes du fluide nourricier et des 
éléments constituants de nos tissus, il se passe des réac- 
tions chimiques qui développent du calorique, source 
de la chaleur animale, qu'autrefois on regardait comme 
produite dans le poumon , alors qu'on s'imaginait que 
la respiration était une combustion. Au contact du fluide 
nourricier et des tissus, il ne se produit pas seulement 
de la chaleur, mais aussi un échange de matériaux, les 
uns pris au sang par les organes, les autres rejetés dans 
le sang par ces mêmes organes. Telles sont l'assimila- 
tion et la désassimilation. 



8 ANATOMIE ET PHYSIOLOGIE DU POUMON. 

§ il. — Glandes. Organes de désassimilation. 

Le sang, en retour vers le cœur, est chargé, de même 
que les vaisseaux lymphatiques, des produits de désas- 
similation dont l'organisme tend à se débarrasser. Parmi 
ces produits, les uns sont fixes, les autres volatils. De 
nombreux organes, les glandes , sont annexés à l'appa- 
reil de la circulation ; ils sont chargés de l'élimination des 
matériaux qui ne peuvent plus servir à la nutrition de 
l'individu. Certaines glandes éliminent du sang les pro- 
duits fixes; d'autres éliminent les produits gazeux, 
volatils. La glande pulmonaire (poumon), et les petits 
poumons de la peau 1 (glandes sudoripares) , sont les 
voies d'élimination des produits volatils, tandis que les 
autres produits passent par toutes les autres glandes. 

Nous avons déjà dit que la disposition anatomique de 
l'appareil de la respiration et la structure du poumon 
sont les mêmes que celles des appareils de sécrétions 
et des glandes. 

Nous prendrons pour point de départ l'examen ana- 
tomique des appareils sécréteurs ; nous envisagerons la 
structure des glandes, heureux si nous pouvons arriver 
ainsi à la démonstration de la proposition qui fait le 
titre de cet article. 

1 . Nous préparons un travail sur les glandes sudoripares considérées 
comme des organes de respiration, et nous ferons voir l'analogie d'ex- 
crétion et de respiration qui existe entre elles et le poumon. 



IDEES GENERALES SUR LES GLANDES. 9 

I. — Portions sécrétante et excrétante des glandes. 

Les appareils qui sont chargés de séparer certains 
principes du sang, que ces appareils soient sécréteurs 
ou excréteurs , sont formés de deux portions bien 
distinctes : l'une active qui prend dans le sang les pro- 
duits de sécrétion ; l'autre passive, pour ainsi dire, qui 
transporte ces produits sur les surfaces muqueuses 
ou cutanée. 

Cette deuxième portion de l'appareil de sécrétion est 
formée par un ensemble de canaux qui prennent leur 
origine dans l'épaisseur de la glande elle-même, et qui 
convergent les uns vers les autres pour former des 
troncs dont le nombre diminue insensiblement jusqu'à 
ce qu'ils forment un conduit unique, rarement mul- 
tiple : tels sont les conduits des glandes salivaires , du 
pancréas, delà mamelle, du foie, des testicules, des 
reins , etc. 

La portion active des organes glandulaires, c'est-à- 
dire la portion sécrétante, présente une structure bien 
différente, et la différence qui sépare ces deux portions 
d'un organe glandulaire est considérable. 

Cette portion sécrétante constitue le tissu propre de la 
glande. Elle est formée , si on la considère réduite à sa 
plus simple expression, parmi ou plusieurs culs-de-sac 
revêtus intérieurement d'une couche d'épithélium et 
extérieurement d'un réseau vasculaire. 



10 ANATOMIE ET PHYSIOLOGIE DU POUMON. 

II. — Membrane type représentant toutes les glandes. 

Quelle que soit la glande que l'on examine, si l'on étu- 
die l'élément glandulaire , on peut, dans tous les cas, le 
ramener au même type, et ce type est représenté par 
une membrane mince, ayant sur l'une de ses faces une 
couche épithéliale et sur l'autre des vaisseaux capil- 
laires disposés en réseau (Voy. fig. 8). 

III. — De la division des glandes d'après leur disposition 
anatomique. 

La division des glandes, depuis si longtemps connue, 
est peu importante, car elle n'est basée ni sur une 
différence de structure des éléments glandulaires, ni 
sur une différence dans leur rôle physiologique. Cette 
division repose uniquement sur une différence fort 
légère dans la disposition anatomique de ces organes. 
C'est ainsi qu'on a admis des glandes en grappe, des 
glandes en tube et des glandes folliculeuses ou vascu- 
laires sanguines. 

1° Glandes en grappe. — On a appelé glandes en grappe, 
celles dans lesquelles la partie sécrétante de la glande 
est disposée aux extrémités des conduits excréteurs, de 
la même manière que les grains de raisin sont disposés 
aux extrémités des ramifications de la grappe qui les 
supporte. Si la glande présente un grain, acinus, ou un 



IDEES GENERALES SUK LES (iLANUES. 



14 



petit nombre de grains, c'est une glande en grappe 
simple ; s'il en existe un grand nombre dont les canaux 
convergent vers un conduit principal , c'est une glande 
en grappe composée (Voy. fig. 1, 2 et 16). 

Parmi les glandes en grappe simple, ou décrit celles 
de l'œsophage, les glandes sébacées, etc. 

Parmi les glandes en grappe composée, nous trou- 
vons le pancréas , les glandes salivaires , le foie, le 
poumon. 




Fig. 4. Montrant un lobe de la glande mammaire, d'après Kolliker. 

1. 1. 1. Lobules bosselés delà glande. --2. Canal excréteur. — 3. Rami- 
fications de ce canal dans les lobules. — 4 4. 4. Culs-de-sac de la glande 
formant une surface bosselée. 

2° Glandes en tube. — Lorsque la portion sécrétante 
de la glande est formée par un assemblage de tubes 



12 



ANATOMIE ET PHYSIOLOGIE UU POUMON. 




Fig. 2. Montrant un lobe de glande en grappe (parotide). 

plus ou moins ramifiés , plus ou moins longs, la glande 
est dite glande en tube. Telles sont la glande rénale (Voy. 
fig. 5), la glande testiculaire , etc. La glande en tube 
peut être plus simple et formée par un seul tube, lequel 
est tantôt droit, comme dans les glandes de l'estomac 





Fig. 3. Montrant les glandes en tube droit (estomac), d'après M. Sappey. 



1. LTube. — 2. 2. 3. 3. Fond des glandes dans la tunique celluleuse. — 
i. I. 5. 5. Orifices des glandes. 



IDÉES GÉNÉRALES SUR LES GLANDES. 18 

(Voy. fig. 3), tantôt contourné et flexueux, comme dans 
les glandes sudoripares et cérumineuses (Voy. fig. 4). 




Fig. 4. Montrant une glande en tube flexueux (glande sudoripare). 

3° Glandes vasculaires sanguines. — Le troisième groupe, 
admis dans la division des glandes, est constitué par des 
organes spéciaux, appelés glandes vasculaires sanguines 
ou folliculeuses. Elles se distinguent de celles des autres 
groupes par l'absence de conduits excréteurs, mais 
elles s'en rapprochent par la grande quantité de sang 
qu'elles reçoivent, et surtout par la structure intime 
de leur élément glandulaire. Ces organes sont donc, à 
juste titre, décrits parmi les glandes. Dans ce groupe se 



14 



ANATOMIE ET PHYSIOLOGIE DU POUMON. 



rencontrent la rate, le corps thyroïde, le thymus, les 
ganglions lymphatiques, etc. (Voy. fig. 6). 




Fig. 5. Montrant un faisceau de tubes flexueux du rein. 

A. B. Artère rénale. — C. Branche aflërente du glomérule de Malpight. — 
D. Branche efférente. — E. F. Portion flexueuse des tubes du rein. — 
G. H. Portion non flexueuse des mêmes tubes. 

4° Glandes séreuses. — A ces trois espèces de glandes 
on pourrait en ajouter une quatrième , constituant un 
groupe nettement séparé des autres par la disposition 
anatomique des organes qui le constituent. Ce sont les 
glandes séreuses , présentant la même structure que 
les trois groupes précédents, dont elles ne diffèrent que 
par leur disposition en forme de membranes étalées. On 



IDEES GENERALES SUK LES GLANDES. 



15 



ne peut se refuser à admettre ce groupe, car les mem- 
branes séreuses présentent la structure des éléments 
glandulaires, c'est-à-dire une paroi propre doublée à 
l'intérieur d'une couche épithéliale, et à l'extérieur, 
d'une couche vasculaire. Si l'on considère, en outre, que 
ces membranes fournissent un liquide, au niveau de la 
surface épithéliale, on devra admettre l'existence de ces 
glandes dépourvues de conduits excréteurs, comme les 
glandes vasculaires sanguines. 




Fig. 6. Coupe schématique de quelques follicules clos du corps thyroïde. 

On y voit quatre follicules entiers , trois follicules incomplets et du tissu 
cellulaire qui les sépare. 

Cette division permettrait d'envisager ces organes à 
un point de vue plus général qu'on ne l'a fait jusqu'à ce 
jour, et de les définir ainsi : 

On appelle glandes, des organes ayant la forme d'une mem- 
brane revêtue d'une couche d'épithélium sur Vune de ses 
faces, et d'un réseau vasculaire sur la face opposée; que cette 



16 ANATOMIE ET PHYSIOLOGIE DU POUMON. 

membrane soit étendue en surface comme les séreuses ; 
qu'elle soit divisée en petites sphères , comme dans les glandes 
folliculeuses ; qtCelle ait la forme de tubes ou bien celle de 
cavités présentant des culs-de-sac sur leur paroi. 

Les nombreuses séreuses splanchniques , plèvre, 
péricarde, péritoine, arachnoïde, tunique vaginale, 
sont, par conséquent, des glandes fournissant un liquide 
particulier. Les séreuses articulaires ou synoviales sont 
également des glandes, sécrétant la synovie. Envisageant 
les synoviales de la sorte, nous ne pouvons admettre, 
à la manière de quelques auteurs, l'existence d'une 




Fig. 7. Glande séreuse (plèvre). 

1. Ligne indiquant la paroi du thorax. — 2. Feuillet pariétal de la plèvre. 
-3. Feuillet viscéral de la plèvre. — i. Cavité de la plèvre. 



IDEES GENERALES SUR LES GLANDES. 17 

couche d'épithélium sur les cartilages articulaires. En 
effet, la couche épithéliale ne paraît nécessaire que sur 
les points où se fait la sécrétion et personne ne vou- 
drait, croyons-nous, admettre que la synovie fût sé- 
crétée par les cartilages qui revêtent les os au niveau 
des articulations. Notre manière de voir exclue égale- 
ment, de la structure des synoviales, ces glandules que 
quelques auteurs ont décrits dans l'épaisseur de ces 
membranes et dont M. le professeur Robin a déjà fait 
justice, en montrant que ces prétendues glandes ne 
sont autre chose que des dépressions de la membrane 
synoviale, à travers des éraillures des tissus sous- 
jacents. 

Du reste , comment ne pas admettre l'existence des 
glandes séreuses, lorsqu'on examine le liquide qu'elles 
sécrètent, la synovie, par exemple. Si ces membranes 
ne sécrétaient point comme lesautres glandes, le liquide 
contenu dans les articulations aurait la consistance de 
la lymphe , du plasma du sang et il serait dépourvu de 
cette consistance particulière qui indique un liquide 
spécial et conséquemment un rôle actif de la paroi sy- 
noviale, prenant dans le sang les éléments de cette sé- 
crétion. 

En résumé , on peut admettre quatre groupes de 
glandes, représentés dans le tableau suivant : 



18 



ANATOMIE ET PHYSIOLOGIE DU POUMON. 



«" GROUPE. 

Glandes en grappe. 



GLANDES. 



Simples. 



Composées. 
(Fig. 1 et 2.) 



Glandes de Litlre ou de Morgagni. 

— sébacées. 

— de Meïbomius. 

— conjnnctivales. 

— de la muqueuse respiratoire. 

— — œsophagienne 

— — pharyngienne 

Glandes salivaires. 

— de Brunner. 

— mammaires. 

— lacrymales. 

— de Méry ou de Gooper. 

— vulvo-vaginales. 
Prostate. 

Foie. 

Pancréas. 

Poumon. 



«* GROUPE. 

Glandes en tube. 



3' GROUPE. 

Glandes folliculeuses 

ou 

Vasculaires sanguines. 

(Fig. 6.) 



4* CROUPS}. 

Glandes séreuses. 
(Fig. 7.) 



Simples. 
(Fig. 3 et i ) 



Composées. 
(Fig 5. ) 



Tube 
droit. 



Tube 
enroulé. 



Glandes de l'estomac. 

— de l'intestin grêle. 

— du gros intestin. 

— de l'utérus. 

— du canal déférent. 

Glandes sudoripares. 

— cérumineuses. 
Testicules. 

Reins. 

Rate. 
Thymus. 
Corps thyroïde. 
Capsules surrénales. 
Ganglions lymphatiques 
Glandes de Peyer. 
Amygdales. 
Corps pituitaire. 

Arachnoïde. 

Plèvre. 

Péricarde. 

Péritoine. 

Tunique vaginale. 

Synoviales. 

Endocarde et tunique 

vaisseaux. 
Membrane de Descemet. 
Membranes de l'oreille inlern 



" ll eme des 



IDÉES GÉNÉRALES SUR LES GLANDES. 19 

D'après notre définition des glandes, il faut séparer 
les séreuses sous-cutanées et les séreuses tendineuses 
des vraies séreuses avec lesquelles elles n'ont aucune 
connexion. En effet, ces cavités se développent par 
suite de frottements , et deviennent d'autant plus 
vastes que ces frottements sont plus énergiques ou plus 
fréquemment répétés ; elles ne sont qu'un agrandisse- 
ment des mailles du tissu cellulaire , résultat de la dé- 
chirure de quelques cloisons de ce tissu. On sait aussi 
qu'elles sont dépourvues d'épithélium et de vaisseaux 
spéciaux, attributs des glandes. Enfin, on ne trouve 
aucune membrane limitant leur paroi, et leur cavité ne 
présente aucun liquide. 

C'est donc d'après l'apparence que présente la por- 
tion sécrétante de telle ou telle glande, qu'on a donné 
à cette glande le nom de glande en grappe, de glande en 
tube ou de glande folliculeuse. Démontrons leur identité. 

IV. — La structure des éléments glandulaires est partout 
la même. 

Nous avons déjà dit que toutes les glandes doivent 
être ramenées par la pensée à une membrane type 
(Voy. fig. 8); et en effet, ces organes ne sont autre chose 
qu'une surface sécrétante plus ou moins vaste repliée 
sur elle-même, et, pour ainsi dire, condensée en un 
point de l'organisme, surface de laquelle suinte le pro- 
duit de la sécrétion. Cette membrane est conformée de 
telle façon qu'elle représente tantôt des grains plus ou 



20 ANATOMIE ET PHYSIOLOGIE DU POUMON. 

moins parfaits, tantôt tles tubes plus on moins flexueux, 
tantôt enfin de petites cavités closes. 

La figure 8 montre étalée la membrane type, qui 
peut donner une idée de toute glande. La face supé- 
rieure, formée d'épithélium , représente la couche épi- 
théliale de l'élément glandulaire, la couche sous-jacente 
représente la paroi propre de cet élément, enfin les 
ramifications vasculaires qui sont placées au-dessous 
montrent les divisions et le réseau vasculaire sur la 
surface extérieure de la paroi. 



Fig. 8. Montrant l'élément glandulaire étalé sous forme 
de membrane. 

On y voit la paroi propre revêtue, du côté de la surface sécrétante, par une 
couche d'épithélium , et recevant des vaisseaux par sa surface adhérente. 

Si nous comparons cette membrane aux éléments 
glandulaires des trois espèces de glandes, nous voyons : 

1° Que la glande follicttleuse a une structure identique ; 
c'est-à-dire, à l'intérieur, une couche épithéliale ; à 
l'extérieur, des vaisseaux, et, entre la couche épithéliale 
et la couche vasculaire, une paroi propre. L'élément 
follicule clos diffère donc de la membrane type, en ce que 
cette membrane repliée sur elle-même forme une cavité 
close. Nous verrons que la sécrétion se fait ici comme 
dans les autres glandes, c'est-à-dire sur la surface épi- 
théliale (Voy. fig. 9). 



IDÉIiS GÉNÉRALES SUR LES GLANDES. 21 

2° Que la structure de la glande en tube n'en diffère 
en aucune façon. En effet, le tube possède une paroi 
propre, comme la membrane type et le follicule clos ; 
cette paroi est revêtue à l'intérieur par une couche 
d'épithéliura, à la manière de la membrane type et du 
follicule clos; enfin, de même que ces derniers, le tube 
présente un réseau vasculaire à la surface extérieure 
de la paroi propre (Voy. fig. 1 1 ). 

Fie:. 9. Fie. 10. 




Fig. 9. Montrant la membrane 
glandulaire qui revêt la forme 
d'une sphère (follicule clos). 

On y distingue : 1° les vaisseaux, 
en dehors de la paroi ; 2° l'épithé- 
liurn, à l'intérieur; 3» la paroi propre. 
Le liquide sécrété remplit le follicule, 
et sortira par exhalation , ou rupture 
de la paroi. 

3° Que la glande en grappe présente une structure 
identique à celle de toutes les autres. La paroi propre 
de la glande en grappe revêt la forme d'un tube 
renflé à son extrémité terminale et présentant, à l'inté- 
rieur de ce renflement, des dépressions ou culs-de-sac 



Fig. 40. Montrant la membrane 

glandulaire qui revêt la forme 

d'une cavité pourvue de culs- 

de-sac (acinus). 

Cet acinus , élément des glandes 

en grappe , est constitué par 

la paroi propre , l'épithélium à 

l'intérieur et les vaisseaux en 

dehors. 



24 ANAÏOMIE ET PHYSIOLOGIE DU POUMON. 



ARTICLE DEUXIÈME. 

LE POUMON EST UNE GLANDE EN GRAPPE ; 
IL FONCTIONNE COMME UNE GLANDE. 

Il est évident que toutes les glandes possèdent la 
même structure. Or, il est facile de démontrer que celle 
du poumon est identique à celle d'une glande en grappe, 
et que l'appareil respiratoire ne diffère pas d'un appa- 
reil de sécrétion. Si nous prouvons, au point de vue 
anatomique, ce que nous avançons ici, on ne se refusera 
point à admettre la structure glandulaire du poumon. 

§ I 1 ' 1 '. — Analogie entre les voies aériennes et les voies 
d'excrétion des glandes. 

Si nous comparons l'appareil de la respiration à un 
appareil de sécrétion, nous voyons d'abord que les voies 
aériennes, étendues des narines à l'extrémité des bron- 
ches, sont des canaux analogues aux canaux excré- 
teurs des glandes en grappe, aux canaux biliaires, 
salivaires, pancréatique, par exemple. Cependant il 
semble au premier abord qu'il y ait de grandes diffé- 
rences. C'est précisément à cause de ces différences, 
plutôt apparentes que réelles, qu'on a, pour ainsi dire, 
méconnu l'identité de structure de ces deux appareils , 
et de là l'identité de leurs fonctions. Voici quelles sont 



LE POUMON EST UNE GLANDE EiN GRAPPE. 2o 

ces différences. D'abord, les canaux excréteurs des pou- 
mons ont des parois rigides et béantes. Ensuite , ces 
canaux changent fréquemment de calibre vers les par- 
ties supérieures. Enfin, leur structure diffère complète- 
ment à l'extérieur des poumons ou dans l'épaisseur 
de ces organes. Ce sont précisément ces différences 
qui nous portent à voir une identité parfaite entre ces 
canaux excréteurs et ceux d'une glande en grappe. Si 
cet appareil de sécrétion était placé au fond de la 
cavité abdominale, et qu'd ne servît pas à deux fonc- 
tions, certainement la structure de ces conduits ne 
serait nullement modifiée. En effet, si les parois de ces 
conduits excréteurs sont rigides, cela tient à la desti- 
nation physiologique du poumon qui doit recevoir l'air 
pendant l'inspiration. Supposons ces parois membra- 
neuses et souples comme celles des conduits biliaires. 
Au moment de l'inspiration, c'est-à-dire pendant que 
le vide se fait dans le poumon, en même temps que la 
poitrine se dilate, ces parois s'appliqueraient à elles- 
mêmes, et l'air ne pénétrerait point dans le thorax. Cette 
rigidité des parois des conduits excréteurs des poumons 
était nécessaire , autant que le tissu fibreux de la 
région cervicale, qui maintient béantes les veines jugu- 
laires et empêche leur affaissement pendant l'inspira- 
tion (car le phénomène de l'inspiration précipite en 
même temps vers la poitrine le courant de l'air et du 
sang veineux). 
Les voies d'excrétion du poumon sont fréquemment 



ANATOMIE ET PHYSIOLOGIE DU POUMON. 



ARTICLE DEUXIÈME. 

LE POUMON EST UNE GLANDE EN GRAPPE; 
IL FONCTIONNE COMME UNE GLANDE. 

Il est évident que toutes les glandes possèdent la 
même structure. Or, il est facile de démontrer que celle 
du poumon est identique à celle d'une glande en grappe, 
et que l'appareil respiratoire ne diffère pas d'un appa- 
reil de sécrétion. Si nous prouvons, au point de vue 
anatomique, ce que nous avançons ici, on ne se refusera 
point à admettre la structure glandulaire du poumon. 

§ I er . — Analogie entre les voies aériennes et les voies 
d'excrétion des glandes. 

Si nous comparons l'appareil de la respiration à un 
appareil de sécrétion, nous voyons d'abord que les voies 
aériennes, étendues des narines à l'extrémité des bron- 
ches, sont des canaux analogues aux canaux excré- 
teurs des glandes en grappe, aux canaux biliaires, 
salivaires, pancréatique, par exemple. Cependant il 
semble au premier abord qu'il y ait de grandes diffé- 
rences. C'est précisément à cause de ces différences, 
plutôt apparentes que réelles, qu'on a, pour ainsi dire, 
méconnu l'identité de structure de ces deux appareils , 
et de là l'identité de leurs fonctions. Voici quelles sont 



LE POUMON EST UNE GLANDE EiN GRAPPE. 25 

ces différences. D'abord, les canaux excréteurs des pou- 
mons ont des parois rigides et béantes. Ensuite , ces 
canaux changent fréquemment de calibre vers les par- 
ties supérieures. Enfin, leur structure diffère complète- 
ment à l'extérieur des poumons ou dans l'épaisseur 
de ces organes. Ce sont précisément ces différences 
qui nous portent à voir une identité parfaite entre ces 
canaux excréteurs et ceux d'une glande en grappe. Si 
cet appareil de sécrétion était placé au fond de la 
cavité abdominale, et qu'd ne servît pas à deux fonc- 
tions, certainement la structure de ces conduits ne 
serait nullement modifiée. En effet, si les parois de ces 
conduits excréteurs sont rigides, cela tient à la desti- 
nation physiologique du poumon qui doit recevoir l'air 
pendant l'inspiration. Supposons ces parois membra- 
neuses et souples comme celles des conduits biliaires. 
Au moment de l'inspiration, c'est-à-dire pendant que 
le vide se fait dans le poumon, en même temps que la 
poitrine se dilate, ces parois s'appliqueraient à elles- 
mêmes, et l'air ne pénétrerait point dans le thorax. Cette 
rigidité des parois des conduits excréteurs des poumons 
était nécessaire , autant que le tissu fibreux de la 
région cervicale, qui maintient béantes les veines jugu- 
laires et empêche leur affaissement pendant l'inspira- 
tion (car le phénomène de l'inspiration précipite eu 
même temps vers la poitrine le courant de l'air et du 
sang veineux). 
Les voies d'excrétion du poumon sont fréquemment 



26 ANAT0M1E ET PHVSIOLOOIE DU POUMON. 

modifiées dans leur calibre vers leur partie supérieure. 
Nous voyons, en effet, un rétrécissement au niveau du 
larynx , et une conformation spéciale du tube vocal 
qui est formé tantôt par la bouche, tantôt par les fos- 
ses nasales. Ces modifications, dans la conformation des 
canaux excréteurs des poumons, tiennent au rôle que 
joue le phénomène de la respiration dans la production 
de la voix et dans l'articulation des sons, puisque la 
voix se fait entendre au moment où le courant d'air 
expirateur fait vibrer les cordes vocales inférieures et 
que l'articulation des sons se produit dans la cavité buc- 
cale, pendant le passage du même courant d'air expira- 
teur. Par conséquent, les différences que présentent les 
conduits excréteurs du poumon sur les différents points 
de leur trajet n'impliquent pas que ces conduits ne soient 
identiques aux conduits excréteurs des autres glandes ; 
ces différences montrent seulement qu'un même appa- 
reil peut servir à plusieurs fonctions. 

Les conduits excréteurs des poumons présentent une 
structure différente , au centre de ces organes et en 
dehors d'eux. Hors des poumons, les conduits excré- 
teurs sont formés de parois rigides qui permettent à 
peine le rétrécissement et l'élargissement de leur cali- 
bre. Dans l'épaisseur du poumon, au contraire, ces con- 
duits ont une structure telle qu'ils peuvent se dilater 
ou se rétrécir selon que le poumon se dilate ou se 
rétracte. Pourquoi cette différence qui n'existe point 
dans les conduits excréteurs des glandes en grappe 



LE POUMON EST UNE GLANDE EN GRAPPE. 27 

ordinaires? Cette différence s'explique précisément par 
la fonction spéciale qui est dévolue au poumon, indé- 
pendamment de la fonction de sécrétion. En effet, pen- 
dant l'inspiration , cet organe élastique ne pourrait 
point se dilater aisément et suivre les parois thora- 
ciques, si les tuyaux bronchiques auxquels adhère 
le tissu pulmonaire ne participaient en partie à ce 
mouvement d'expansion. 

En résumé, en ce qui concerne la portion excrétante 
des glandes en grappe , il nous paraît évident qu'il y a 
une analogie complète entre la disposition des canaux 
excréteurs des glandes en grappe et celle des canaux 
excréteurs du poumon. 



§ II. — Analogies entre la portion sécrétante du poumon 
et celle d'une glande en grappe. 

Si nous comparons la portion sécrétante des glandes 
en grappe avec celle du poumon, nous trouvons encore 
non plus une analogie , mais une identité parfaite entre 
ces organes. Nous verrons ensuite que la différence qui 
existe entre la portion sécrétante d'une glande en 
grappe et la portion excrétante se rencontre aussi 
entre les portions sécrétante et excrétante de la glande 
pulmonaire. 

Prenons la glande, que trouvons-nous dans la portion 
qui sécrète ? 1° Une grande quantité de petits tubes 



28 ANATOMIE ET PHYSIOLOGIE DU POUMON. 

étendus des radicules des conduits excréteurs aux 
acini; 2° à l'extrémité de chaque petit tube une dilata- 
tion présentant plusieurs culs-de-sac dont la cavité 
communique avec celle de la dilatation. Cette portion 
dilatée , ou acinus , de an/va? , grain de raisin , cons- 
titue l'élément glandulaire, tandis que les tubes forment 
les tubes sécréteurs. De sorte qu'une glande eu grappe, 
dans la partie qui sécrète, est formée d'acini et de 
tubes. Ces tubes , ces acini ont une structure iden- 
tique dans toutes les glandes , c'est-à-dire qu'ils sont 
tous formés par trois couches : une intérieure , épi— 
théliale ; une moyenne, de tissu propre, presque tou- 
jours amorphe ; une extérieure, vasculaire. 




Fig. 12. Montrant une dernière division bronchique avec neuf 
canalicules respirateurs et les lobules correspondants à l'état 
d'inspiration (coupe). 

I. Bronche.— 8. 2. Lobules rattachés à la bronche par le canalicule. 



I.E POUMON EST UNE GLANDE EN C.RAPPE. 2y 



I. — Canalicules respirateurs identiques aux canaux 
sécréteurs des glandes. 

Dans le poumon, comme dans la glande en grappe, il 
existe une portion sécrétante formée de petits tubes 
(canalicules respirateurs), étendus des dernières rami- 
fications ' bronchiques (canaux excréteurs) aux lobules 
pulmonaires (acini), et de dilatations (lobules pulmo- 
naires , acini) placées aux extrémités terminales des 
petits tubes. Les tubes sécréteurs du poumon sont 
donc représentés par les canalicules respirateurs, et les 
acini par les lobules pulmonaires. Les culs-de-sac des 
acini ne sont autre chose que les ulricules ou les cel- 
lules pulmonaires. 

IL — Le lobule pulmonaire est identique à l'admis 
des glandes en grappe. 

De même que dans une glande en grappe , il existe 
une identité parfaite de structure entre le canalicule 
respirateur et le lobule pulmonaire; et nous verrons que 
cette structure diffère totalement de celle des conduits 
excréteurs. 

De même que dans la glande en grappe, les tubes 

4. Voy. p. 38 la structure du tissu pulmonaire. 



30 



ANATOMIE ET PHYSIOLOGIE DU POtMON. 



sécréteurs de la glande pulmonaire et les renfle- 
ments qui représentent les acini sont revêtus à l'in- 




Fig. 43. Coupe schématique montrant la terminaison des bronches 
et les lobules pulmonaires. 

Autour des lobules, il existe une couche de tissu cellulaire qui pénètre entre 
eux. 

1. Division bronchique avec ses lobules et ses canalicules respirateurs, don- 
nant neuf divisions. — 2. Tissu cellulaire. — 3. Une des neuf divisions ou cana- 
licule respirateur donnant deux ramifications. On y voit un épithélium différent 
de celui qui recouvre la division bronchique. — 4. Lobule avec les cloisons 
intérieures. — 5. Portion de tissu cellulaire pénétrant entre les lobules. 



LE POUMON EST UNE GLANDE EN GRAPPE. 31 

térieur par une couche d'épithélium pavimenteux , 
variété que l'on rencontre presque toujours dans les 
glandes en grappe ; il existe également ici une paroi 
propre, spéciale à la glande pulmonaire, et une couche 
vasculaire. 



III. — Pour quelle raison le poumon est élastique. 

Mais ici nous rencontrons deux différences. La pre- 
mière est celle qui existe entre la texture de la paroi 
propre de la portion sécrétante du poumon et celle de 
la glande en grappe ; la deuxième consiste dans la dis- 




Fig. 4 4. Montrant la même bronche 1 que la figure 12, les mêmes 
lobules , 2. 2. et les mêmes canalicules à l'état d'expiration. Leur 
cavité est beaucoup moindre, les parois sont plus épaisses sans avoir 
changé de forme (coupe). 

position du réseau capillaire, qui est situé en dehors de 
la paroi propre dans les autres glandes en grappe, tan- 
dis qu'elle estplacée entre l'épithélium et la paroi propre 



32 ANAT0M1E ET PHYSIOLOGIE DU POUMON. 

dans la glande pulmonaire. Ces différences irouventleur 
explication dans les fonctions mêmes des poumons ; en 
effet, si la paroi des tubes sécréteurs et des acini de 
cette glande sont formées uniquement de fibres de tissu 
élastiques, c'est pour permettre l'ampliation de l'organe 
pendant l'inspiration etson retrait pendant l'expiration 
(Voy. fig. 12 et 14). Comment le poumon pourrait-il 
remplir ses fonctions s'il n'était point élastique? S'il eût 
été nécessaire pour les besoins de la vie, que le pancréas 
ou le foie fussent soumis à des alternatives de dilatation 
et de resserrement, certainement leur tissu eût été un 
tissu élastique. Du reste, le tissu élastique des parois 
des tubes sécréteurs et des acini, de même que la fonc- 
tion de sécrétion du poumon, nous fait entrevoir pour- 
quoi le réseau capillaire est placé, dans cette glande, 
entre l'épithélium et la paroi propre. Loin de voir, clans 
cette différence de siège du réseau capillaire, un motif 
de distinction entre le poumon et les glandes en grappe, 
nous la regardons, au contraire, comme une preuve delà 
ressemblance entre ces organes : en voici la preuve phy- 
siologique. Les éléments élastiques se laissent difficile- 
ment traverser par les liquides et par les gaz, lorsque ces 
éléments forment une paroi continue, de sorte que, si les 
capillaires sanguins étaient situés à la surface extérieure 
de cette paroi, l'exhalation pulmonaire se ferait diffi- 
cilement. Mais voici une raison plus péremptoire; les 
produits de la sécrétion pulmonaire sont gazeux; il n'est 
pas douteux que ces produits gazeux ne soient exhalés 



LE POUMON EST UNE GLANDE EN GRAPPE. 33 



Fig. 45. Montrant la paroi étalée des lobules du poumon. 

On y voit les vaisseaux, entre la paroi propre et l'épithélium, tandis que 
dans la membrane des glandes, c'est la paroi qui est placée au milieu. 

avec plus de facilité à travers une simple couche épithé- 
liale, qu'ils ne pourraient l'être à travers une paroi 
double formée d'une couche de tissu élastique et d'une 
couche de cellules d'épithélium (Voy. fig. 15). En ré- 
sumé, les mouvements du poumon et la nature des pro- 
duits de l'excrétion pulmonaire expliquent suffisam- 
ment la structure élastique du poumon et le siège 
sous-épithélial du réseau capillaire. 

§ III. — Différences entre les portions sécrétante et excrétante 
du poumon. 

On trouve encore des rapports intimes entre le pou- 
mon et une glande en grappe, lorsqu'on vient à comparer 
la portion sécrétante de la glande et la portion excré- 
tante. Dans une glande en grappe, l'épithélium des 
canaux sécréteurs et des acini diffère toujours de celui 
qui recouvre les canaux excréteurs. Dans le poumon 
l'épithélium des canaux sécréteurs et des acini est pa- 
vimenteux, celui des canaux excréteurs est cylindrique 
et pourvu de cils vibratiles. Dans une glande en grappe, 



34 ANAT0M1K ET PHYSIOLOGIE DU POUMON. 

les tubes sécréteurs et les acini ont une paroi propre, 
mince, formant un seul feuillet, tandis que les canaux 
excréteurs sont formés de plusieurs couches. Dans le 
poumon, les tubes sécréteurs et les acini ont une paroi 
propre, mince, formant une seule couche, tandis que 
les canaux excréteurs sont formés de plusieursfeuillets. 
Dans le poumon, les vaisseaux qui se rendent aux tubes 




Fig. 16. — Montrant une grappe de raisin destinée à faire voir l'ana- 
logie qui existe entre une grappe de raisin, une glande en grappe et 
le poumon. 



LE POUMON EST UNE GLANDE EN GRAPPE. 35 

sécréteurs et aux acini sont différents de ceux qui se 
distribuentauxcanauxexcréteurs, c'est ce qui explique 
la différence qui existe entre les maladies des canaux 
excréteurs et celles du tissu pulmonaire propre- 
ment dit. 



§ IV. — Autres analogies entre le poumon et une glande 
en grappe. 

Pour compléter cette comparaison entre le poumon 
et une glande en grappe, nous dirons : 1° que les acini 
du poumon, comme ceux des glandes en grappe, sont 
séparés les uns des autres par une trame celluleuse plus 
ou moins serrée (Voy. fig. 12) ; 2° que les acini , en se 
groupant, forment de petites masses, comme cela se 




Fig. 17. Schéma du pancréas (glande en grappe). 
On y voit les acini, les tubes sécréteurs, et les canaux excréteurs qui for- 
ment, par leur réunion, le canal principal ou de Wirsung. On y voit aussi la 
réunion de ce canal avec le canal cholédoque à leur terminaison. — Analogie 
de cette glande en grappe avec une grappe de raisin et un poumon. 



3G 



ANATOMIR ET PHYSIOLOGIE W POUMON. 



voit dans les glandes en grappe ; 3° que les acini et les 
conduits sécréteurs des poumons et des autres glandes 
en grappe sont disposés aux extrémités des conduits 
excréteurs, de la même manière que les grains de raisin 
et leur pédoncule sont disposés aux extrémités des 
ramifications de l'axe d'une grappe (Voy. fig. 16 et 17) ; 
4° que la disposition générale de l'appareil de la respi- 
ration, de même que celle d'une glande en grappe, offre 
la plus grande analogie avec la disposition d'un raisin , 
dont l'axe principal et les ramifications représenteraient 
les canaux excréteurs des poumons ou des autres 
glandes en grappe, tandis que les grains de raisin et 




Fig. 18. Montrant la trachée , les bronches et les ramifications bron- 
chiques du poumon gauche. 
On voit les lobules pulmonaires aux extrémités des dernières divisions. 
L'ensemble représente les acini des glandes en grappe et leurs conduits. 



QUELQUES MOTS SUR 1 A STRUCTURE DU POUMON. 37 

leur petit pédoncule seraient représentés par les acini et 
les conduits sécréteurs des glandes en grappe; 5° enfin, 
que le poumon , de même que les glandes en grappe , 
est entouré, limité par une couche celluleuse, couche 
qui est doublée, dans cet organe particulier, d'une mem- 
brane séreuse, indispensable aux mouvements étendus 
de glissement du poumon sur les parois de la cavité 
thoracique. 

En dernier lieu, nous pourrions comparer la structure 
des conduits excréteurs du poumon et celle des autres 
glandes en grappe. Dans tous il existe un épithélium 
intérieur, des fibres de tissu conjonctifet des fibres 
de tissu élastique dans l'épaisseur des parois , et , 
dans prescjue tous les cas , des fibres musculaires. 
Enfin, dans les canaux excréteurs des poumons, on 
trouve, comme dans quelques autres, des glandes sous- 
muqueuses sécrétant un liquide en rapport avec la 
fonction de la glande. 



38 ANATOMIE ET PHYSIOLOGIE DU POUMON. 

ARTICLE TROISIÈME. 

QUELQUES MOTS SUR LA STRUCTURE DU POUMON. 



§ I er . — Divergence des opinions émises sur ce sujet. 

Le poumon étant une glande en grappe, comment les 
auteurs n'ont-ils pas été frappés de son analogie de 
structure et de fonction avec cette espèce de glande? 
Pourquoi s'entendent-ils si peu sur la structure de cet 
organe ? 

Les auteurs qui se sont livrés à cette étude ne sont 
guère d'accord, il est vrai , lorsqu'ils envisagent la 
structure intime du poumon. Constatons, cependant, 
que tous s'entendent sur celle des voies d'excrétion et 
sur la disposition générale des lobules pulmonaires, 
mais ils cessent de s'accorder lorsqu'il s'agit de l'étude 
du lobule en lui-même. En voici la raison. Le poumon 
est un organe éminemment élastique , qui acquiert un 
volume au moins quatre à cinq fois plus considérable, 
lorsqu'on l'insuffle après qu'il s'est affaissé. On com- 
prend que si l'on étudie les lobules pulmonaires des- 
séchés et dilatés par l'insufflation, ces lobules paraî- 
tront beaucoup plus volumineux et présenteront une 
conformation différente de celle des lobules apparte- 
nantaupoumonà l'état d'affaissement. Certains auteurs 
étudient les lobules après injection solide dans les 



QUELQUES MOTS SUR LA STRUCTURE DU POUMON. 31) 

bronches, d'autres les étudient sans injection préalable. 
La plupart d'entre eux injectent d'abord les vais- 
seaux, etc. En somme, la variété dans la description de 
la structure du poumon tient probablement à l'élasti- 
cité de cet organe, qui s'est présenté sous des aspects 
différents aux divers anatomistes qui se sont livrés à 
son étude. Si nous examinons l'opinion de tous les au- 
teurs qui ont écrit sur cette matière, nous arrivons à 
constater que leur désaccord est plus apparent que réel, 
qu'ils ne diffèrent que par des points insignifiants et que 
dans la description de tous , on est frappé de la dispo- 
sition en grappe de cette glande. 

Nous suivrons, dans cette exposition , l'ordre chro- 
nologique, imitant en cela M. Sappey ', qui a fidèlement 
présenté l'historique de la structure du poumon dans 
son traité d'anatomie descriptive. Pour rendre plus 
exactement notre pensée, nous intercalerons, dans cette 
description, des figures représentant la structure des 
lobules d'après l'opinion de la plupart des auteurs qui 
ont écrit sur ce sujet. 

D'abord, disons ce qu'on doit entendre par tissu pul- 
monaire, et quelle est sa vraie structure. Par compa- 
raison, nous jugerons de la valeur des opinions que 
nous devons examiner. 

1. Traité d'anatomie, T. III, 186i. 



•40 ANATOMIE ET PHYSIOLOGIE DU POUMON. 

§ II. — Structure du poumon, d'après la plupart 
des auteurs modernes. 

Le parenchyme pulmonaire est un tissu éminemment 
élastique, entourant les divisions bronchiques, et formé 
par une quantité innombrable de petits canaux renflés 
à leur extrémité terminale. Ces canaux sont des rami- 
fications des dernières divisions bronchiques. De même 
que les renflements qui les terminent, ils sont entourés 
par une mince couche de tissu cellulaire, reçoivent les 
ramifications de l'artère pulmonaire, et donnent nais- 
sance aux lymphatiques et aux veines. 

La figure 19 montre une des dernières divisions bron- 
chiques avec plusieurs canalicules auxquels elle donne 
naissance. La bronche conserve sa structure jusqu'à 
sa terminaison ; on la voit tapissée, à sa surface interne, 
par les cils vibratiles qui existent dans toute l'étendue 
des canaux excréteurs de la glande pulmonaire. Elle 
constitue l'origine de ces canaux excréteurs. De cette 
bronche partent plusieurs ramifications formées par 
une paroi simple, ce sont les canalicules respirateurs, 
analogues aux canaux sécréteurs des glandes en grappe. 
Les canalicules se ramifient ordinairement, et quelque- 
fois ils se présentent sans divisions (pour plus de sim- 
plicité, nous avons supprimé dans la figure la plupart 
de leurs ramifications). La paroi élastique des canali- 
cules est formée des mêmes éléments que celle du 
renflement qui la termine, et présente, à sa surface 



QUELQUES MOTS SUR LA STRUCTURE DU l'OUJtlON. 



41 



interne , des dépressions ou culs-de-sac analogues à 
ceux qui existent à la face interne des renflements 
ou lobules. A l'extrémité terminale des canalicules respi- 
rateurs on voit un renflement : c'est le lobule ou mieux 
l'acinus , le grain glanduleux de la glande pulmonaire. 




Fig. 1 9. Montrant une desdernières divisions bronchiques donnant nais- 
sance aux canalicules respirateurs qui supportent les lobules. 

1. Bronche avec son revêtement intérieur d'épithélium cylindrique à cils 
vibratiles. — 2. Tissu cellulaire qui entoure un groupe de lobules (lobules 
primitifs de quelques auteurs). — 3. Un canalicule respirateur recouvert à sa 
surface interne d'épithélium pavimenteux, et bifurqué pour donner naissance 
à deux lobules. — 4. Un lobule avec ses cloisons intérieures et son revête- 
ment épilhélial. — 5. Deux lobules adossés. 



42 



AiNATOMIE ET PHYSIOLOGIE DU l'OUMON. 



Ce lobule représente l'acinus des glandes en grappe, 
et comme on l'observe également dans ces glandes, sa 
paroi élastique est de structure identique à celle du 
conduit qui le réunit au canal excréteur, c'est-à-dire 
du canalicule respirateur. Le lobule, ou acinus pulmo- 
naire , est une cavité , un renflement qui se dilate pen- 
dant, l'inspiration et qui revient sur lui-même pendant 




Fig. 20. Montrant deux lobules grossis (Je la figure précédente. 

I. Canalicule respirateur bifurqué. — 2. Cloison de l'intérieur du lobule 
séparant deux cellules. — 3 et 1. Paroi du lobule et épithélium pavimenteux 
qui la tapisse. — 4. 4. Cavité du lobule. — 5. Cellule pulmonaire ou utricule, 
ou alvéole. — 6. Une cloison intérieure du lobule se divisant. 

l'excrétion (expiration) du poumon. Ce renflement est 
bosselé à sa surface extérieure, et ces bosselures cor- 
respondent à des dépressions ou culs-de-sac de la sur- 
face intérieure. A l'intérieur, on aperçoit les culs-de-sac 
comme dans les acini des glandes en grappe. On y voit, 
en outre, des cloisons, simples ordinairement, subdivi- 
sées quelquefois, qui s'élèvent de la surface intérieure 
du lobule, et qui divisent sa cavilé en plusieurs compar- 



QUELQUES MOTS SUR LA STRUCTURE DU POUMON. id 

timents ou cellules pulmonaires, communiquant avec 
la cavité du lobule. Les cloisons et les compartiments 
donnent à cette surface l'aspect des alvéoles d'une 
ruche d'abeilles. 

La surface intérieure du lobule du poumon et du 
canalicule respirateur est recouverte d'une simple cou- 
che d'épithélium pavimenteux, qui se continue à la 
surface des cloisons de l'intérieur du lobule. Entre 
cette couche épithéliale et la paroi élastique du 
lobule et du canalicule respirateur, on voit le réseau 




Fig. 21. Schéma montrant une coupe transversale de quatre cellules 
pulmonaires (alvéoles, utricules de quelques auteurs). 

2. 2. 2. Cloisons élastiques entre les cellules ; les cellules qu'elles séparent 
sont représentées avec leur épithélium. — 3. 3. Paroi d'une cellule voisine, 
déjetée de côlé pendant la préparation de la pièce. 



44 ANATOMIE ET PHYSIOLOGIE DU POUMON. 

capillaire qui est le siège des phénomènes de respira- 
tion et d'excrétion pulmonaires. 

Voilà, en quelques mots, la structure du poumon 
dégagée des difficultés qui hérissent son étude , à 
cause des nombreuses dénominations que les auteurs 
ont donné aux différentes parties qui constituent ce 
tissu. 

Par exemple , les auteurs appellent lobule secondaire 
l'ensemble des lobules tenant au même canalicule 
(Voy. fig. 13) ; chaque lobule de notre description 
constitue leur lobule primitif. Ils désignent la portion 
de division bronchique qui précède les canalicules 
sous le nom de bronche extra-lobulaire, et le canali- 
cule principal sous celui de bronche intra-lobulaire. La 
cavité de notre lobule est connue sous le nom d'infun- 
dibulum (Rossignol), d'utricules fusiformes (Kolliker), 
de cavités terminales (Mandl). Les petits compartiments 
ou cellules du lobule pulmonaire, séparés par des cloi- 
sons et communiquant avec la cavité du lobule, sont 
nommés, par les auteurs, alvéoles pariétaux sur les 
côtés, et alvéoles terminaux (Rossignol, Sappey), 
cellules terminales, utricules terminales (Mandl), dans 
les parties les plus profondes du lobule. Pourquoi 
donc les savants se montrent-ils si désireux de créer 
des mots nouveaux, lorsque le besoin ne s'en fait pas 
sentir? Les plus simples, les plus faciles pour la mé- 
moire du lecteur et pour l'intelligence du sujet sont 
cent fois préférables. 



QUELQUES MOTS SLR LA STRUCTURE l)L' POUMON. 40 

§ III. — Les auteurs ne diffèrent d'opinion que sur un point. 

Prenant pour point de comparaison la description 
précédente, nous verrons que tous les anatomistes 
du xvm e et du xix e siècles ont connu les divisions bron- 
chiques , les canalicules respirateurs , et la paroi des 
lobules pulmonaires. lisse sont entendus, excepté sur 
un seul point, sur la disposition des cloisons et des 
compartiments de l'intérieur du lobule. La série des 
figures qui suivent montre, jusqu'à l'évidence, l'exac- 
titude de ce que nous avançons. 

Malpighi, seul, ayant découvert les lobules, crut qu'ils 
ne formaient point de cavités distinctes et qu'ils com- 
muniquaient par des orifices avec les lobules voisins. 

Les savants qui suivirent Malpighi admettaient : 

1° Les uns, le cloisonnement incomplet de l'intérieur 




Fig. 22. Montrant deux lobules pulmonaires, d'après l'opinion qui 
consiste à considérer le lobule comme une masse remplie d'aréoles 
nombreuses communiquant entre elles. 



\Ç> ANATOâllE ET PHYSIOLOGIE DU POUMON. 

du lobule et la communication, entre eux, de ses divers 
compartiments ou cellules ; 




Fig. 23. Terminaison des divisions bronchiques par des tubes en 
cœcum, d'après l'opinion de Reisseissen. 

2° Les autres , une indépendance complète de chaque 
cellule, formant l'extrémité, dilatée ou non, du cana- 
licule respirateur. A la première opinion se rattachent 
celles de Helvétius, Sœmmering, Magendie, MM. Rainey, 
Rossignol , Todd et Rowmann , Kolliker, Mandl , Milne- 
Edwards, Sappey, Robin. La deuxième opinion est re- 
présentée par Willis , Reisseissen , Meckel , Bazin , 
Duvernoy, Lereboullet. 

Helvétius, en 1718, compara l'intérieur d'un lobule 
pulmonaire au tissu érectile des corps caverneux. Pour 
lui, les cloisons de l'intérieur du lobule s'entrecroi- 
saient dans tous les sens, et présentaient des orifices, 
faisant communiquer entre eux les nombreux compar- 
timents. En un mot, les cellules pulmonaires séparées 
par les cloisons représentaient les aréoles du tissu érec- 
tile séparées par les trabécules (Voy. fig. 22). 

Haller partageait cette opinion (1756). 



QUELQUES MOTS SUR LA STRUCTURE bV POUMON. Al 

Sœmmering et Magendie émirent une opinion qui 
présente une certaine analogie et une différence avec 
la précédente. Ils admettaient , comme Helvétius et 
Haller, que le lobule était rempli de cellules communi- 
quant toutes les unes avec les autres, mais que les 
cloisons, limitant ces cellules, étaient formées par le 
réseau des vaisseaux capillaires. 

Les idées des anatomistes que nous venons de citer 
ne diffèrent de la vérité qu'en un point. Ils n'ont pas vu 
exactement la hauteur des cloisons intérieures du lo- 
bule (Voy. fig. 19 et 20). De plus , Sœmmering et Ma- 
gendie n'ont vu que les vaisseaux situés sur les cloisons 
et non les cloisons elles-mêmes. Il est probable qu'ils 
ont observé des poumons dont les vaisseaux étaient 
injectés. 

Si l'on fait du lobule pulmonaire un acinus de glande 
en grappe, on voit simplement les culs-de-sac séparés 
par des cloisons ramifiées, et non par des cloisons 
simples et peu saillantes, comme dans les culs-de-sac 
de la parotide, delà mamelle, etc. 




Fig. 24. Montrant la terminaison des bronches dans l'épaisseur d'un 
lobule pulmonaire , d'après l'opinion de Rainey. 

1. Canalicule respirateur. — 2. 2. Lobules recevant une ramification du 
canalicule. — 3. Espace qui sépare les lobules (Fig. tirée de M. Leforl). 



W ANATOMIE ET PHVSIOLQGIE DU POUMON. 

Rainey, 1845, dit que le canalicule respirateur (sa 
bronche intra-lobulaire) pénètre jusqu'au fond du lo- 
bule, et que sa paroi est criblée de trous qui le mettent 
en communication avec les compartiments ou cellules 
du lobule pulmonaire. Il est évident que l'anatomiste 
anglaisa étudié des lobules affaissés. Dans l'affaissement 
que subit le poumon extrait du corps de l'animal, les 
cloisons arrivent presque au contact par leur extrémité 
libre et forment une espèce de paroi à la cavité cen- 
trale du lobule. Les orifices de cette prétendue paroi 
sont les ouvertures rétrécies des cellules limitées par 
les cloisons. 




Fig. 2b. Montrant la surface de plusieurs lobules pulmonaires aux 
extrémités des divisions d'un canalicule respirateur (Préparation par 
corrosion). 

1. Division bronchique, donnant naissance au canalicule respirateur. — 
2. 2. 2. Lobules représentant les acini des glandes en grappe, avec leurs 
culs-de-sac. — 3. 3. 3. Ramilications du canalicule respirateur avec leurs 
bosselures; ces conduits sont les analogues des tubes sécréteurs des glandes 
en grappe (Fig. tirée de la thèse de M. Lefort). 

(Cette figure représente les figures 12, 13 et 14. Seulement , elle montre la 
surface et les bosselures extérieures des lobules et des canalicules.) 



QUELQUES MOTS SUR LA STRUCTURE DU POUMON. 



49 



En 1858, dans sa thèse inaugurale, compilation qui ne 
renferme aucune idée nouvelle, M. Lefort exprime une 
opinion qui se rapproche beaucoup de celle de Rainey. 
Mais ce travail est si confus en général, et dans la des- 
cription de la structure du lobule en particulier, que 
nous renonçons à en faire mention, craignant de ne 
point rendre fidèlement les idées de l'auteur. 




Fig. 26. Montrant deux lobules (2. 2.) à l'extrémité de deux cana- 
licules respirateurs (1. 1.) 3. 3. sont deux ramifications des cana- 
licules. 

Sur ces canalicules on voit les ramifications de l'artère pulmonaire qui pé- 
nètre la paroi du lobule et du canalicule. Enlre les deux, on voit un pelit vais- 
seau qui se dirige vers la plèvre, à laquelle il donne quelques rainilications 
(Fig. tirée de la thèse de M. Lefort). 

Revenant à Rainey, nous voyons que son lobule, s'il 
était insufflé , représenterait très-exactement le vrai 
lobule du poumon. 

MM. Rossignol, Todd et Rowmann, Kolliker, Mandl, 
Milne-Edwards , Sappey , admettent la structure du 
poumon telle que nous l'avons indiquée au commence- 
ment de cet article. M. Kolliker, seul, ne croit pas à 
l'existence des cellules situées au fond du lobule pulmo- 
naire. A cela près, sa description présente beaucoup 



50 ANATOMIE ET PHYSIOLOGIE DU POUMON. 

d'analogie avec celle des autres savants que nous ve- 
nons de citer. 

2 




Fig. 27. Montrant un dessin schématique de la structure du poumon , 
d'après Lefoi t. 

On y voit la disposition des lobules aux extrémités des bronches et leur 
rapport avec les vaisseaux du poumon. 

1, Bronche donnant naissance à deux canalicules principaux. — 2. Artère 
pulmonaire se portant aux lobules en suivant les divisions bronchiques. — 
3. Veine accompagnant l'artère. — i. i. Surface bosselée des lobules du 
poumon. — 5. Veine naissant dans la plèvre. — 6. Ramification du cana- 
licule respirateur. 

On voit que, d'après leur description, le lobule repré- 
sente bien exactement un acinus de glande en grappe, 



QUELQUES MOTS SUR LA STRUCTURE DU POUMON. 51 

acinus dont les culs-de-sac, plus ou moins profonds, sont 
séparés par des cloisons assez élevées. 




Fig. 28. Coupe d'une pièce par corrosion , préparée par M. Rossignol. 
On y voit un lobule à l'extrémité d'un canalicule, avec les cloisons inté— 




Fig. 29. Montrant deux lobules pulmonaires, d'après Kolliker. 

1.1. Renflements de la surface extérieure des lobules, correspondant aux 
culs-de-sac de i'intérieur. — 2. 2. Ramifications d'un canalicule respirateur. 

M. Robin professe la même opinion ; seulement pour 
lui, comme on peut s'en assurer par les figures 31 et 
32, les culs-de-sac ou cellules pulmonaires, au lieu d'être 
juxtaposés et séparés par une simple cloison, sont forte- 



52 



ANATOMIE ET PHYSIOLOGIE DU POUMON. 



ment déprimés en forme de cœcum, et séparés les uns 
des autres par une cloison double. En un mot, chaque 
cellule, compartiment ou cul-de-sac est si fortement 
déprimé qu'il représente un petit tube. 




Fig. 30. Montrant l'intérieur d'un poumon de grenouille, 
d'après M. Mandl. 
a a. a. a. Grandes cavités, aréoles, cellules, ou utricules séparées par 
les cloisons principales. — /). b. b. b. Cellules plus petites contenues dans 
les principales et séparées par des cloisons plus minces. 

Le poumon de grenouille diffère à peine d'un lobule du poumon de l'homme. 

On voit des glandes en grappe dans lesquelles il existe 
des culs-de-sac tubuleux, analogues à ceux du poumon. 

Willis, Reisseissen, Bazin (de Bordeaux), Lereboullet 
(de Strasbourg) n'admettent pas l'existence des cloi- 
sons dans les lobules. 



QUELQUES MOTS SUR LA STRUCTURE DU POUMON. 53 

Pour Willis (1675), chaque canalicule respirateur se 
terminait par un grand nombre de canalicules plus 
petits, se rendant chacun à une petite dilatation ou 




Fig. 31. 

A. Lobule pulmonaire avec ses dimensions normales. — B. Lobule grossi 
dix-huit fois. — a. Division bronchique. — d. d. Canalicule respirateur se 
subdivisant.. — ce. d. (/.Cellule pulmonaire, cul-de-sac de l'extrémité du 
canalicule ramifié (d'après M. Robin). 

ampoule, dont l'intérieur ne présentait aucune saillie. 
D'après cette théorie, on voit qu'un simple cul-de-sac 
glandulaire donnerait naissance à un tube sécréteur 
(Voy. fig. 33). 

Bazin (de Bordeaux, 1836) reproduit la même opinion. 



54 



ANATOMIË ET PHYSIOLOGIE DU POUMON. 



Rcisseissen (1822) reproduit celle de Willis. Seule- 
ment , au lieu de faire terminer les ramifications du 
canalicule respirateur par des dilatations, il les décrit 
se terminant en simples culs-de-sac ( Voy. fig. 23). 
Meckel, Duvernoy, Lereboullet (de Strasbourg, 1838) 
adoptent les idées de Reissessen. 









Fig. 32. Montrant le moule d'une division du canalicule respirateur 
et de ses culs-de-sac, grossi cinquante-cinq fois. 

a. Canalicule. — 6. c. Ramifications tronquées.— d. Canalicule fournissant 
les culs-de-sac nombreux e. f. g. h. i. j. k, — Ces culs-de-sac sont bosselés. 
(D'après Al. Robin). 



QUELQUES MOTS SUR LA STRUCTURE OU POUMON. 55 

L'étude des opinions émises par les auteurs à diffé- 
rentes époques nous montre , non-seulement que la 
structure du poumon nous est parfaitement connue au- 




Fig. 33. Dernière division bronchique et quelques canalicules se ter- 
minant par un petit renflement (opinion de Willis). 

jourd'hui, mais encore que les raisons fournies par cer- 
tains hommes, adversaires quand même du microscope, 
ne sont pas fondées, lorsqu'ils disent que tous les auteurs 
sont complètement divisés sur la structure du tissu qui 
nous occupe. Loin de voir ici une divergence d'opinion, 
nous voyons, au contraire, que chacun des nombreux 
savants qui se sont occupés de cette question décrit 
une structure qui est celle du tissu glandulaire des 
glandes en grappe, et que, si l'opinion qu'il produit 
diffère de celle de ses prédécesseurs ou de ses contempo- 
rains , c'est tout simplement par la plus ou moins 
grande profondeur des cellules et la plus ou moins 
grande hauteur des cloisons qui les séparent. 



56 ANATOMIE ET PHYSIOLOGIE DU POUMON. 

ARTICLE QUATRIÈME. 

LE DÉVELOPPEMENT DU POUMON MONTRE AUSSI 
QUE CET ORGANE EST UNE GLANDE. 




Fig. 34. Montrant le développement du poumon, d'après Rathke. 

1. Bronche droite donnant trois bourgeons qui doivent former plus tard 
les trois lobes. — 2. Trachée donnant deux bourgeons qui formeront les deux 
bronches, et plus tard les deux poumons. 

Un autre caractère , tiré de leur développement , 
rapproche encore le poumon des glandes en grappe. 
En effet, l'un et les autres se montrent de la même 
manière chez l'embryon. De nombreuses figures , 
d'après M. Mandl , d'après Rathke et Muller , nous 
montrent cette identité de développement. On voit , 
en effet , la trachée représenter un cordon plein de 
la même manière que le canal excréteur d'une glande. 
Ce cordon se creuse d'une cavité , et se divise en 
bourgeonnant pour donner naissance aux bronches. 



DEVELOPPEMENT DU POUMON. 



57 




Fig. 35. Développement du poumon. 

3 et i. Développement plus avancé. — 3. Bourgeonnement d'une bronche. 
— 4. Ramilications de ces bourgeonnements devant former plus tard les 
lobules pulmonaires, d'après J. Muller. 




Fig. 36. Montrant la terminaison des bronches chez un fœtus 
de deux mois. 

On y voit une petite bronche donnant naissance à deux canalicules respira- 
teurs qui se subdivisent trois ou quatre fois pour fournir les lobules pulmo- 
naires (Figure tirée de la thèse de M. Lefort, 1858). 

En 1857, dans la Gazette hebdomadaire, M. Mandl a publié un dessin sem- 
blable, représentant le développement du poumon chez un embryon d'agneau. 



Les bronches , pleines d'abord , creuses ensuite , 
bourgeonnent à leur tour , et ces bourgeonnements 
vont sans cesse en se multipliant, jusqu'à ce que le 



58 ANATOMIE ET PHYSIOLOGIE DU POUMON. 

poumon soit constitué par une foule de cavités ou 
lobules. 

En même temps que ce bourgeonnement s'opère, 
il se développe, à la surface intérieure de la paroi 
des lobules, des cloisons qui en divisent la cavité 
en petits compartiments. Les glandes en grappe se 
développent de la même manière , c'est-à-dire par 
bourgeonnement , depuis le canal jusqu'aux culs- 
de-sac. 



LE POUMON EXCRÈTE. 59 

CHAPITRE DEUXIÈME. 

LE POUMON PRÉSENTE UNE SECRETION ANALOGUE 
A CELLE DES AUTRES GLANDES. 



§ I er . — Sécrétion et excrétion ; le poumon excrète. 

Qu'est-ce en effet qu'une sécrétion? La sécrétion 
est un phénomène en vertu duquel des organes appelés 
glandes prennent dans le sang certains matériaux, soit 
pour les rejeter au dehors, soit pour leur faire subir cer- 
taines métamorphoses et les rendre propres à l'accom- 
plissement d'actes importants. Ces organes sécréteurs 
sont appelés glandes. Il est utile de bien définir la sé- 
crétion et delà distinguer de l'excrétion. Parmi les pro- 
duits sécrétés, les uns sont déposés sur des surfaces 
séreuses ou muqueuses et repris en totalité ou en partie 
par l'absorption, après avoir joué un rôle dans certains 
actes physiologiques (salive), ou sans avoir rempli aucun 
usage (sperme). Ces liquides sont des produits de sécré- 
tion proprement dits, on les désigne encore sous le 
nom de liquides de sécrétion recrémentitielle. Les 
autres produits de sécrétion sont rejetés par des ouver- 
tures extérieures, méat urinaire, orifices des glandes 
sébacées et des glandes sudoripares ; ils ne sont point 
repris par l'absorption et ne servent à aucun acte phy- 



60 ANATOMIE ET PtIVSIOLOGIE DU POUMON. 

siologique après qu'ils ont été sécrétés. Ce sont des pro- 
duits de sécrétion excrétoire. La fonction du poumon, 
indépendante de la respiration, est une sécrétion excré- 
mentitielle , c'est une excrétion. 

Le mécanisme de la sécrétion consiste dans l'apport 
du sang à la paroi glandulaire , dans l'action spéciale de 
cette paroi sur le sang, et dans la filtration, sur la surface 
épithéliale, des produits sécrétés. Quelques auteurs, 
au point de vue de la sécrétion et de l'excrétion, ont 
divisé les glandes en deux espèces, et ils ont admis des 
parenchymes glandulaires ou vraies glandes et des pa- 
renchymes non glandulaires ou fausses glandes. Pour 
eux, les parenchymes glandulaires ne serviraient point 
seulement à la filtration des produits de sécrétion, mais 
ces organes auraient une action propre , une propriété 
spéciale, celle de produire de toutes pièces une substance 
qu'on ne trouve pas clans le sang : c'est ainsi que la 
glande salivaire forme la ptyaline, les glandes de l'es- 
tomac, la pepsine, etc. ; or, on sait que la ptyaline et 
la pepsine ne se rencontrent pas dans le sang. Les pa- 
renchymes non glandulaires, au contraire, ne pro- 
duisent aucune substance , ils se laissent traverser à la 
manière de filtres par le produit de sécrétion et tous 
les éléments de leur sécrétion se retrouvent dans le sang. 
Cette division sera parfaite, lorsqu'on aura démontré 
quelles sont les substances que les glandes prennent au 
sang et celles qu'elles fabriquent. Autrefois, on croyait 
que l'urée ne venait pas du sang et que le rein lui don- 



LE POUMON A DEUX FONCTIONS. Gl 

nait naissance ! On trouvera peut-être encore dans le 
sang certains principes qu'on n'y a pas encore constaté 
et qu'on croit être fabriqués par les glandes. 

Dans le précédent article, nous avons établi l'analogie 
de structure de l'appareil respiratoire et d'un appareil 
de sécrétion ; nous allons maintenant prouver que le 
poumon fonctionne à la manière d'une glande. 

§ II. — Pourquoi on n'a jamais étudié la fonction d'excrétion 
du poumon. 

Ce qui distrait l'esprit de l'observateur, en considérant 
cet appareil, c'est l'importance de la haute fonction que 
remplit le poumon. Depuis longtemps on est habitué à 
confondre tous les actes pulmonaires sous le nom de 
respiration; cette confusion de langage jette un nuage 
sur la physiologie et la pathologie de cet appareil. 

§ III. — Le poumon a deux fonctions. 

D'après nos observations, nous sommes convaincu 
que le poumon est chargé de deux fonctions qu'il rem- 
plit alternativement et qui sont intimement liées l'une 
à l'autre. L'état anatomique du poumon est disposé de 
telle sorte qu'il ne peut exécuter en même temps ces 
deux fonctions , qui sont la respiration et la sécrétion. 

De môme que le larynx sert au passage de l'air de la 
respiration et en même temps à la phonation, de même 



62 ANATOMIE ET PHYSIOLOGIE DU POUMON. 

que le pharynx sert tour à tour à la déglutition et à la 
respiration , de même aussi le poumon sert à la respira- 
tion et à l'excrétion. 

Si nous étudions la sécrétion de la glande pulmonaire, 
nous remarquons qu'elle ne diffère pas des autres. 

La sécrétion du poumon est une vraie excrétion, et à 
ce titre , la glande pulmonaire se rapproche du rein et 
des glandes sudoripares dont les conduits excréteurs 
s'ouvrent à l'extérieur, comme les narines. 

§ IV. — Moment de l'excrétion pulmonaire. 

L'excrétion du poumon est essentiellement intermit- 
tente et intimement liée à la respiration, si intimement, 
que l'une est la conséquence forcée de l'autre. Cette 
fonction a donc lieu de 16 à 48 fois par minute, 1020 fois 
par heure , 24480 fois par jour. Le moment où le pou-, 
mon excrète est celui qui correspond à l'expiration, 
tandis que celui de l'inspiration représente à lui seul le 
phénomène de la respiration. 

§ V. — Nature de l'excrétion pulmonaire. 

L'excrétion du poumon est toute spéciale , elle est 
gazeuse, et il est évident que cet organe est la glande 
destinée à éliminer du sang les gaz qui y sont contenus. 
Nous verrons, en effet, que ses produits sont des va- 
peurs, des gaz ou des substances volatiles. 



MÉCANISME DE L'EXCRÉTION. 63 

Objection à cette théorie. — La première objection qui 
viendra naturellement à l'esprit de chacun, et qui s'est 
déjà présentée au nôtre, est celle-ci : Mais nous savons 
tous que le poumon rejette des gaz comme l'acide car- 
bonique, et des vapeurs comme la vapeur d'eau, ce phé- 
nomène est étudié avec la respiration. 

Certainement, dans l'étude de la respiration, on parle 
de l'exhalation de l'acide carbonique et de la vapeur 
d'eau, mais cela prouve-t-il que cette exhalation ne soit 
pas une excrétion ? L'élimination de quelques substances 
volatiles, principe volatil de l'ail, éther, chloroforme, 
alcool, ne prouve-t-elle pas qu'il y a là autre chose que 
l'acte respiratoire? 

§ VI. — Mécanisme de l'excrétion. 

La structure du poumon et des glandes étant la 
même, le mécanisme de la sécrétion doit être le même. 
En effet, le sang veineux prend dans les capillaires les 
produits de l'absorption intestinale et une partie de 
ceux de la désassimilation des tissus qui composent 
notre corps. Ces produits de désassimilation rendent le 
sang impur et doivent pour la plupart être rejetés par 
les glandes sous forme d'excrétion. Parmi eux, il s'en 
trouve de gazeux, comme l'acide carbonique qui sature 
le sang veineux. Il existe aussi dans le sang une matière 
organique, volatile, résultat de la désassimilation de nos 
tissus , et en même temps, toutes les substances vola- 



64 ANATOMIE ET PHYSIOLOGIE DU POUMON. 

tiles que la digestion introduit dans le sang , principe 
volatil de l'ail, de l'oignon, éther, chloroforme, 
alcool , etc. Toutes ces substances gazeuses ou volatiles 
ne peuvent être excrétées par les glandes sudoripares , 
par les glandes rénales, etc. ; aussi est-il naturel de 
penser que le poumon est une glande spécialement des- 
tinée à ces substances qui sont toujours éliminées par 
cette voie. 

Le sang, chargé des matériaux de désassimilation 
et de ceux qu'il a pris par l'absorption intestinale , 
circule dans les veines, les artères et les capillaires. 
Dans la course circulaire qu'il décrit au sein de nos 
tissus soixante-dix fois par minute, le sang se débar- 
rasse après chaque respiration , c'est-à-dire seize fois 
par minute d'une partie de ses produits gazeux. 

Les capillaires de la glande pulmonaire forment un 
réseau très-serré au-dessous de l'épithélium des cel- 
lules du poumon, entre la paroi propre et l'épithélium; 
à ce niveau, le sang n'est donc séparé de l'air que par 
la paroi du vaisseau et par la couche épithéliale fort 
mince. En vertu d'une propriété de tissu, probablement 
inhérente à l'épithélium des lobules pulmonaires, les 
gaz et les substances volatiles traversent, de dedans en 
dehors, la mince paroi qui les recouvrait. 

Cette propriété du tissu pulmonaire est analogue à 
celle du tissu rénal qui permet à l'urée de le traverser, 
et qui ne se laisse point traverser par certaines autres 
substances. 



PRODUITS D EXCRÉTION. 63 



§ VII. — Produits d'excrétion. 



Les produits d'excrétion du poumon sont gazeux ou 
volatils. Les uns sont accidentels, les autres perma- 
nents. Ces derniers sont les gaz azote et acide carbo- 
nique, la vapeur d'eau et une matière organique parti- 
culière exhalée par le poumon. Les produits accidentels 
sont toutes les substances gazeuses et volatiles intro- 
duites dans le sang par les voies de l'absorption intesti- 
nale, cutanée ou pulmonaire, telles que alcool, éther, 
camphre, etc. Toutes ces substances traversent la paroi 
des capillaires et la couche épithéliale, qui séparent le 
sang de l'air contenu dans les vésicules pulmonaires. 

I. — Excrétion de l'azote. 

On trouve, dans les produits d'excrétion de la glande 
pulmonaire, une fort petite quantité d'azote, en rapport 
avec celle qui est prise par la glande pendant l'inspi- 
ration. Que cet azote provienne des inspirations pré- 
cédentes, ou qu'il soit un produit des transformations 
organiques des matières azotées de notre corps, ce qui 
parait probable, peu importe à notre sujet. 

H. — Excrétion de l'acide carbonique. 

L'acide carbonique est un des nombreux produits 
de désassimilation de nos tissus, un produit gazeux. 



66 ANATOAIIE ET PHYSIOLOGIE DU POUMON. 

Il est pris par les capillaires au sein des organes, et il 
est porté au poumon par le système circulatoire du 
cœur droit , par le sang veineux. Arrivé au niveau 
des capillaires de la glande pulmonaire, il se dégage et 
passe dans les vésicules du poumon et dans les divi- 
sions bronchiques, d'où il sera bientôt expulsé. 

Les lois de l'endosmose gazeuse nous apprennent que 
cette excrétion de l'acide carbonique marche, engénéral, 
de front avec l'absorption de l'oxygène, que l'une dimi- 
nue quand l'autre diminue , et qu'elles augmentent 
également en même temps. La séparation de l'acide car- 
bonique du sang nécessite donc l'intervention de l'oxy- 
gène, et c'est, à coup sûr, pour cette raison que le pou- 
mon a été chargé de ces deux fonctions de respiration et 
d'excrétion. Dans cet échange gazeux, se trouvent liées 
de la manière la plus intime la respiration et l'excrétion 
du poumon. 

Si, ordinairement, l'exhalation de l'acide carbonique 
augmente ou diminue dans les mêmes rapports que 
l'absorption de l'oxygène , il ne faut voir dans ces deux 
phénomènes que deux phénomènes de nutrition, et il 
est naturel de penser que l'organisme doit prendre 
dans l'air un aliment dont les effets nutritifs sont en 
rapport avec les déperditions qu'il subit sans cesse. 

En un mot, nous ne voyons, dans ces deux phéno- 
mènes, qu'une succession de deux fonctions se por- 
tant mutuellement secours, et une foule de faits se 
présentent à l'esprit du physiologiste pour lui prouver 



produits d'excrétion. 67 

que l'un de ces actes peut continuer pendant que l'au- 
tre cesse complètement ou à peu près complètement. 
Malgré l'affinité qui existe entre les phénomènes pro- 
duits par ces deux courants gazeux, on ne doit point 
les croire inséparables : nous allons le démontrer. 

D'abord, l'absorption de l 'oxygène peut continuer, l'excré- 
tion de l'acide carbonique étant suspendue , dans les cas 
suivants, par exemple : 

1° MM. Vierordt et Duchek ont démontré que la 
quantité d'acide carbonique exhalé diminue au bout de 
peu de temps, après l'ingestion d'une certaine quantité 
d'alcool. Introduit dans le sang par l'absorption intes- 
tinale , l'alcool se transforme en aldéhyde , qui est 
excrété par le poumon, tant qu'il en existe dans les vais- 
seaux. Lorsque cette substance a complètement disparu 
du liquide sanguin, on voit l'acide carbonique, qui avait 
considérablement diminué et presque disparu, revenir 
à son état normal. Et cependant, tandis que le pou- 
mon se débarrassait de l'aldéhyde, il absorbait l'oxygène 
comme à l'état normal. 

2° Les cholériques absorbent de l'oxygène et n'excrè- 
tent que fort peu d'acide carbonique. 

On peut voir, au contraire, l'excrétion de l'acide car- 
bonique continuer, pendant que l'absorption de l'oxygène est 
interrompue. 

Dans le cas d'asphyxie par l'acide carbonique ; par 
exemple , dans le cas où un homme respire l'acide car- 
bonique provenant d'un brasier ardent, ou bien dans 



H8 ANATOMIE ET PHYSIOLOGIE DU POUMON. 

le cas où un homme respire dans une pièce trop étroite, 
l'oxygène diminue rapidement, et il arrive un moment 
où la quantité de ce gaz absorbée par le patient est pres- 
que nulle. A ce moment, cependant, l'excrétion de l'acide 
carbonique n'a pas cessé, et ce gaz vient s'ajouter à 
celui que l'air contenait déjà. On peut répéter facile- 
ment cette expérience en privant d'oxygène certains 
animaux, tels que les grenouilles. Elles continuent à 
vivre pendant plusieurs jours , et excrètent de l'acide 
carbonique. 

Donc, absorption d'oxygène et excrétion d'acide car- 
bonique pouvant avoir lieu séparément, nous croyons 
devoir conclure que ces deux phénomènes sont le 
résultat de deux fonctions intercalées, et qu'ils ne sont 
pas chacun le sine quâ non de l'autre. 

III. — Excrétion de la vapeur d'eau. 

En même temps que l'acide carbonique se dégage et 
qu'il est remplacé par l'oxygène , une certaine quantité 
d'eau passe du sang dans l'air, à l'état de vapeur. Si la 
sortie de l'acide carbonique ne s'opère le plus souvent 
que pendant l'entrée de l'oxygène, il n'en est plus de 
même pour la vapeur d'eau qui sort naturellement du 
poumon, comme l'eau de l'urine sort par les tubes uri- 
nifères. 

Comment pourrait-on refuser le nom de sécrétion à 
ce phénomène qui sépare l'eau du sang dans la glande 
pulmonaire ? 



QUANTITE DE PRODUITS EXCRÉTÉS. 69 

IV. — Excrétion d'une matière organique. 

Pendant que la nutrition s'opère au sein de nos tis- 
sus, une substance organique particulière passe dans 
le sang ; elle est transportée par les veines dans le 
poumon. Là, cette matière passe, comme la vapeur 
d'eau, à travers la paroi des capillaires et la couche 
épithéliale qui les recouvre ; elle se mélange aux autres 
produits d'excrétion. Cette substance, qui détermine la 
mauvaise haleine de quelques personnes, est inconnue 
clans son essence, mais son existence peut être prouvée. 
Il suffit, en effet, de faire passer, par l'intermédiaire 
d'un tube, les gaz excrétés par les poumons à travers 
une solution de nitrate d'argent ou de l'acide azo- 
tique. La première se colore en rose , et le second 
prend une coloration jaunâtre. Or, ces colorations ne 
sont produites dans ces liquides que par les matières 
organiques. 

Si le poumon n'était pas véritablement un organe de 
sécrétion, comment pourrait-on admettre dans les pro- 
duits de l'expiration une substance qu'on ne rencontre 
pas dans l'air de l'inspiration? 

§ VIII. — Quantité de produits excrétés. 

L'azote, l'acide carbonique, l'eau et une matière 
organique, tels sont les produits normaux de l'excré- 



70 ANATOMIE ET PHYSIOLOGIE DU POUMON. 

tion pulmonaire. Quelle est la quantité de chacun de 
ces produits excrétés par le poumon ? Quelles sont les 
causes qui font varier ces quantités? 

I. — Azote. 

La quantité d'azote (gaz découvert dans les produits 
de l'expiration par Priestley en 1774) est infiniment 
petite. 

Elle n'est en moyenne que les 5 millièmes de la quan- 
tité d'acide carbonique excrété par le poumon. 

IL — Acide carbonique. 

Avant que Joseph Black, de Glascow (1757), inspiré 
des idées de Van-Helmont et de Mayow, découvrît 
l'acide carbonique clans les produits de l'expiration, 
Fracassati, médecin italien (1665), et Lower (1669), 
avaient déjà constaté que le sang noir devenait rouge 
dans le poumon et non dans le cœur, comme on le 
croyait avant eux. 

L'acide carbonique excrété par le poumon a été par- 
ticulièrement étudié par de nombreux chimistes et 
physiologistes, Brunner et Valentin, Begnault etBeiset 
entre autres. Ces savants ont remarqué que 100 volumes 
d'air expiré, c'est-à-dire du mélange de l'air contenu 
dans les poumons et des produits d'excrétion du pou- 
mon, contiennent 4 vol. 26 cent, d'acide carbonique. 
Or, à chaque expiration, nous rejetons en moyenne 



QBANTITE DE PRODUITS EXCRÉTÉS. 71 

1/2 litre de produits gazeux, par conséquent 18 fois 
cette quantité en une minute, c'est-à-dire 9 litres, 
60 fois 9 litres en une heure ou 540 litres , enfin 24 fois 
540 ou 12,960 litres par jour, environ. L'acide carbo- 
nique représentant 4 vol. 26 pour 100, il est facile de 
démontrer que nos poumons excrètent clans un jour 
551 litres, environ, d'acide carbonique, chiffre considé- 
rable. 

On sait que la quantité d'acide carbonique excrété 
(Voy. p. 65) n'est pas la même à tous les âges, qu'elle 
est plus considérable chez l'homme que chez la femme, 
et qu'elle est en rapport avec l'activité des fonctions 
nutritives de notre organisme. L'ingestion des aliments 
féculents augmente la proportion d'acide carbonique ; 
l'exercice l'augmente également. Cette proportion 
diminue au contraire pendant le sommeil, pendant que 
le corps est soumis à une alimentation insuffisante, et 
surtout pendant l'inanition. La présence de l'alcool 
dans le sang la diminue également, et cette diminution 
persiste tant que dure l'excrétion de la substance 
alcoolique par le poumon. 

La menstruation exerce une influence manifeste sur 
la quantité d'acide carbonique excrété , selon MM. An- 
dral et Gavarret. Chez les jeunes sujets, filles ou gar- 
çons, cette quantité est sensiblement la même jusqu'à 
la puberté. Mais alors, elle augmente chez le garçon, 
tandis que chez la jeune fille, la quantité d'acide car- 
bonique excrété reste stationnaire à partir du mo- 



72 ANATOMIE ET PHYSIOLOGIE DU POUMON. 

ment où les premières règles ont paru jusqu'à la méno- 
pause, époque à laquelle les proportions de ce gaz 
redeviennent les mêmes dans les deux sexes. Il est fort 
curieux de voir les causes qui suspendent le cours 
des règles , grossesse, etc., déterminer en même temps 
une augmentation considérable clans les proportions 
d'acide carbonique excrété , proportions qui égalent 
celles que l'on constate chez l'homme. 

III. — Eau. 

En débarrassant le sang de l'acide carbonique, le pou- 
mon rejette aussi une certaine quantité d'eau qui tra- 
verse la paroi des capillaires sous forme de vapeur. En 
temps ordinaire, un adulte se débarrasse, par cette voie, 
dans un jour, d'une quantité d'eau qu'on peut évaluer 
à 500 grammes. Cette quantité varie ; elle est plus abon- 
dante par un temps sec que par un temps humide, et 
lorsque l'air est saturé d'humidité, il ne peut se charger, 
dans le poumon, d'une quantité d'eau aussi considérable 
que s'il était sec. La saturation de l'air peut être telle , 
que l'excrétion de l'eau est complètement suspendue. 

L'eau que le corps excrète ne prend pas seulement 
la voie pulmonaire, elle passe aussi par les glandes 
de la peau et par le rein ; ces glandes se prêtent un 
mutuel concours , car lorsque le poumon ne peut 
excréter l'eau pour des raisons de température et 
d'humidité de l'air, les glandes sudoripares et le rein 
s'emparent de cette eau et la rejettent au dehors. 



ACTION ELECTIVE DU POUMON. 73 

IV. — Matière organique. 

La matière organique excrétée par le poumon et les 
causes qui font varier son excrétion ne sont pas con- 
nues, mais il est probable que si des études sérieuses 
sont dirigées de ce côté, elles donneront des résultats 
importants; car cette matière organique provient de la 
désassimilation de nos tissus, elle est excrétée par les 
poumons, et concourt à donner cette odeur désagréa- 
ble, nauséabonde, à l'air des salles où sont accumulées 
un grand nombre de personnes. C'est cette odeur qui 
produit une sensation si désagréable lorsqu'on entre 
le matin dans une pièce close où une personne a 
passé la nuit. N'est-ce pas cette matière organique 
qui constitue la voie de transmissibilité de plusieurs 
maladies, variole, fièvre typhoïde, etc.? C'est elle 
qui constitue, selon toute probabilité, les miasmes 
d'origine animale. Enfin, la matière organique excrétée 
parle poumon, et provenant de la désassimilation de nos 
tissus, donne, clans certains cas, à l'haleine de certaines 
personnes, une odeur insupportable, due probable- 
ment aux conditions hygiéniques clans lesquelles elles 
vivent. 

§ IX. — Action élective du poumon sur les substances 
introduites dans le sang. 

Produits accidentels. D'autres substances gazeuses ou 
volatiles se rencontrent clans les produits d'excrétion du 



74 ANATUM1K ET PHYSIOLOGIE DU POUMON. 

poumon. Cette glande possède une action élective ana- 
logue à celle des autres glandes. Ainsi , le foie prend 
dans le sang des substances qui y ont été introduites 
sous forme de médicaments, de poisons, etc. , les sels 
de plomb et le phosphore , par exemple ; le rein 
extrait du sang le nitrate de potasse , l'iodure de potas- 
sium , etc. ; les glandes salivaires choisissent les sels 
mercuriaux. Aucune glande ne prendrait la partie 
volatile des substances introduites dans le corps ? 
Aucune glande n'excréterait les gaz ? Cependant no- 
tre organisme se débarrasse de substances volatiles, 
gazeuses, de même qu'il se débarrasse de substances 
liquides tenant ou non des matières en dissolution. 
Eh bien I les organes chargés de l'élimination de ces 
substances gazeuses sont les poumons et les glandes 
sudoripares. Ingérez de l'ail dans l'estomac, ayez soin 
d'enlever, au moyen de lavages, tous les débris qui ont 
pu s'arrêter dans la bouche, cette cavité n'exhale au- 
cune odeur aillacée, mais une heure après, deux 
heures après, lorsque l'ail a été digéré et pris par l'ab- 
sorption, à la surface des villosités intestinales, et qu'il 
est passé dans le torrent de la circulation, une odeur très- 
pénétrante se manifeste et persiste pendant 24 heures, et 
48 heu res même, selon que la quantité de cette substance, 
a été plus ou moins considérable. Que s'est-il passé? L'ail 
a été absorbé avec les autres matériaux de la digestion. 
A chaque expiration, le sang imprégné de cette substance 
se débarrasse d'une certaine quantité de son principe 



ACTION ÉLECTIVE DU POUMON. 75 

volatil en traversant le poumon, et cette excrétion 
persiste tant que dure la présence de l'ail dans les vais- 
seaux. 

Il est facile de s'assurer qu'une personne qui a ingéré 
de l'ail n'exhale cette odeur qu'au moment de l'excré- 
tion pulmonaire (expiration), et qu'elle peut suppri- 
mer volontairement cette odeur en retenant sa respi- 
ration. 

Ce que nous venons de dire de l'ail s'applique à 
toutes les substances possédant une matière volatile 
telles que l'éther, le camphre, le musc, le chloro- 
forme et les alcooliques. Tout le monde sait que l'odeur 
vineuse exhalée par un homme en état d'ivresse vient 
du poumon, et que cette odeur se manifeste surtout au 
moment de l'expiration. 

En 1811, Nysten fit de nombreuses expériences sur 
l'injection des substances gazeuses dans le sang. Il 
injecta de l'air, de l'oxygène, de l'hydrogène sulfuré et 
d'autres gaz encore. On pouvait constater la présence 
de ces gaz dans les produits de l'expiration. 

Des expériences plus récentes de M. Cl. Bernard, 
reproduites dans ses Leçons de physiologie expérimentale, 
ont conduit ce savant à conclure que le poumon excrète 
tous les gaz que l'on injecte dans le sang. 



76 ANATOMiE ET PHYSIOLOGIE DU POUMON. 

§ X. — Évacuation des produits d'excrétion. 

Dans les appareils de sécrétion , les liquides fournis 
par les glandes sont évacués par deux forces princi- 
pales, le vis à lergo et la contraction des conduits de la 
glande. Dans la glande pulmonaire, le phénomène du 
vis à tergo ne peut point déterminer l'évacuation des 
produits excrétés puisque cette excrétion est essentiel- 
lement intermittente et qu'elle alterne avec une autre 
fonction, la respiration. C'est la glande elle-même qui 
est chargée de cette fonction, et pour cela, elle est 
presque entièrement formée de tissu élastique. En 
effet, au moment où les muscles inspirateurs dilatent 
le thorax par leur contraction, l'air de la respiration 
se précipite dans le poumon pour fournir au sang son 
oxygène. En même temps, les produits d'excrétion du 
poumon passent dans les cavités de cette glande , dans 
les grains glandulaires. Lorsque la respiration est 
accomplie, le poumon élastique chasse les produits ga- 
zeux de l'expiration , en revenant sur lui-même. Il 
entraine dans son retrait les parois thoraciques qui 
deviennent mobiles et obéissent à la force élastique 
de la glande pulmonaire, les muscles ayant cessé de se 
contracter. 

Le poumon n'est pas le siège de combustion locale. 
Si l'on avait toujours envisagé le poumon au double 
point de vue qui nous occupe, il est probable que les 



ÉVACUATION DES PRODUITS D'EXCRÉTION. 77 

savants n'auraient point songé, autrefois, à dire que le 
poumon était le siège des combustions qui se font dans 
notre corps. Il ne se passe aucune combustion dans le 
poumon ; cet organe n'est point le lieu de formation de 
l'acide carbonique, il est seulement chargé de le sépa- 
rer du sang de la même manière que le rein en sépare 
l'urée. L'oxygène de la respiration n'est pas indispen- 
sable à la formation du gaz acide carbonique dans le 
poumon, puisque ce gaz se forme au sein de nos tissus, et 
qu'il est transporté au poumon par le sang, dans lequel 
il existe à l'état de dissolution. Il ne se dégage pas plus 
de calorique dans le poumon que dans les autres 
organes. Toutes ces considérations découlent tout natu- 
rellement de cette manière d'envisager le poumon , 
comme pourvu de deux fonctions bien distinctes, la res- 
piration et l'excrétion. 



EXPERIENCE DE M. CL. BERNARD, RAPPROCHANT 
LE POUMON DES GLANDES. 

De nombreuses expériences faites par M. Cl. Bernard 
sur les animaux rapprochent la fonction du poumon 
de celle des sécrétions. 

L'illustre physiologiste, voulant étudier la puissance 
absorbante des muqueuses, a instillé une dissolution 
de curare dans la trachée de chiens et de lapins, et il 
a remarqué que la surface des voies d'excrétion du pou- 



78 ANATOMIE ET PHYSIOLOGIE DU POUMON. 

mon absorbe avec la même rapidité que la surface 
des conduits sécréteurs et excréteurs des autres glandes 
en grappe (glandes salivaires, pancréas). 

M. Cl. Bernard a fait une autre remarque qui assi- 
mile complètement, à notre avis, le poumon à une 
glande. // a injecté de l'air dans le canal pancréatique d'un 
chien , et aussitôt ce gaz a rempli les branches de la veine 
porte qui naissent du pancréas. 



ROLE DE LÉPITHKLIUM CYLINDRIQUE. 79 

CHAPITRE TROISIÈME. 

ROLE DE l'ÉPIïHELIUM CYLINDRIQUE A CILS VIBRATILES 
DES VOIES AÉRIENNES , DES FIBRES MUSCULAIRES 
DES BRONCHES . DEDUCTIONS PATHOLOGIQUES ET 
CONCLUSIONS. 



§ I er . — Rôle de l'épithélium cylindrique à cils vibratiles 
des voies aériennes. 

On croit généralement que les cils vibratiles des voies 
aériennes et que les fibres musculaires bronchiques 
sont destinés à chasser les mucosités en les poussant 
de bas en haut. Cette explication nous paraît erronée, 
et pour deux raisons : 1° les cils existent aussi bien à 
la partie supérieure des voies aériennes (fosses nasales), 
qu'à la partie inférieure, et dans les fosses nasales, qui 
sont dirigées horizontalement, d'avant en arrière, les 
mucosités, pour être rejetées, n'ont pas besoin d'être 
soulevées par les cils ; 2° la muqueuse broncho-laryn- 
gée, lorsqu'elle est saine, ne fournit pas une grande 
quantité de mucus. Les glandes de cette muqueuse 
sécrètent un liquide, il est vrai, mais un liquide fort 
peu abondant, destiné seulement à humecter la surface 
muqueuse , et à empêcher son dessèchement par le 
courant gazeux qui va et vient incessamment dans les 
voies aériennes. Ces cils seraient-ils destinés à évacuer 



yO ANATOMIE ET PHYSIOLOGIE DU POUMON. 

les mucosités pathologiques? Nous ne le croyons pas, 
car le mucus qui se produit pendant l'existence d'une 
bronchite, etc., est expulsé par la toux, c'est-à-dire par 
un mouvement de retrait extrêmement brusque de la 
poitrine, qui chasse avec force les gaz du poumon, et les 
force à balayer la muqueuse bronchique, comme le ferait 
un violent coup de vent. 




Fig. 37. Montrant les cellules d'épithélium cylindrique à cils vibratiles 
des voies aériennes. 

Il nous parait rationnel de penser que les cils vibra- 
tiles répandus sur toute l'étendue des voies aériennes, 
depuis les narines jusqu'aux dernières ramifications 
bronchiques, constituent une espèce de tamis, à l'air 
qui doit pénétrer dans les poumons. En effet, en réflé- 
chissant à la division et à la subdivision des bronches , 
on arrive à comparer le poumon à une foule de petites 
cavités, dans lesquelles conduisent des canaux d'un 
calibre extrêmement petit, presque entièrement revêtus 
de petits poils, et l'idée d'un tamis recouvrant les cavi- 
tés pulmonaires rend parfaitement notre pensée. Ces 
cils, à ce niveau, sont comparables aux poils qui pro- 
tègent l'entrée du conduit auditif externe, l'entrée des 
fosses nasales , l'ouverture des paupières. Les cils 
vibratiles des voies aériennes seraient donc destinés à 



ROLE DE l'ÉPITHÉLIUM CYLINDRIQUE. 81 

retenir les poussières, les corpuscules étrangers, qui 
pénètrent dans les bronches avec l'air de la respiration. 

Si l'air impur, que l'on respire si souvent, pénétrait 
jusqu'à la surface interne des lobules, on comprend que 
les impuretés contenues dans ce fluide s'accumuleraient 
rapidement dans la portion sécrétante du poumon, et 
formeraient à la surface épithéliale des lobules une 
couche plus ou moins épaisse , qui gênerait extrême- 
ment les phénomènes d'endosmose gazeuse. 

Leur rôle est double. Non-seulement les cils retiennent 
les corpuscules de l'air, mais encore ils les rejettent au 
dehors , et c'est pour cela qu'ils sont doués d'un mou- 
vement d'inclinaison et de redressement. Dans cette 
hypothèse, nous comprenons pourquoi les cils vibratiles 
existent dans toute l'étendue des voies aériennes; on 
les trouve partout où l'air de la respiration entre en 
contact avec une muqueuse. C'est pour cette raison que 
la portion supérieure ou nasale du pharynx en est 
également pourvue , tandis que la portion inférieure 
n'en présente pas. 

Certains phénomènes pathologiques servent à expli- 
quer l'action des cils vibratiles. 

Nous sommes convaincu , quoique ce point n'ait 
point encore été étudié, que la poussière charbonneuse 
qui se dépose dans les voies aériennes, surtout chez les 
personnes vivant dans une atmosphère remplie de 
poudre de charbon , s'arrête sur les cils des dernières 
ramifications bronchiques, et que l'obstruction de la 



82 ANATOMIE ET PHVSIOLOGIE DU POUMON. 

petite bronche précède l'affaissement des vésicules pul- 
monaires correspondantes*. Si la poussière charbon- 
neuse pénétrait jusqu'à la face interne de la portion 
sécrétante des poumons , elle s'y accumulerait rapide- 
ment et ne permettrait pas au malade une longue exis- 
tence, tandis que les sujets peuvent vivre dix, vingt et 
trente ans dans une telle atmosphère. Le même phé- 
nomène se passerait dans les maladies graves du pou- 
mon que l'on rencontre chez les mouleurs en cuivre, 
chez les ouvriers des fabriques de meules, des fabri- 
ques d'armes, etc. Chez tous ces hommes, la poussière 
pénètre avec le courant d'air de la respiration , dans les 
voies aériennes, et s'arrête sur les cils auxquels elle 
adhère. Cette poussière est tellement abondante , que 
les cils sont impuissants à la repousser au dehors; elle 
s'accumule dans les petites divisions bronchiques, les 
obstrue, et, à la longue, elle finit par déterminer des 
lésions pulmonaires graves, offrant des symptômes qui 
ne manquent pas d'une certaine analogie avec ceux de 
la phthisie pulmonaire. 

S II. — Rôle des fibres musculaires des divisions 
bronchiques. 

On a dit et l'on répète que ces fibres sont destinées à 
chasser le mucus des bronches. Or, nous venons de 

\. Cette oblitération des bronches et des vésicules a été indiquée par 
plusieurs auteurs : MM. Desayvres, Tardieu, etc. 



ROLE DES FIBRES MUSCULAIRES. 83 

dire qu'il n'existe point à l'état normal de mucus bron- 
chique en assez grande quantité pour être expulsé. Si 
l'on peut admettre que les fibres musculaires aient la 
propriété de faire passer le mucus des petites divisions 
bronchiques dans les grandes, il est impossible de voir 
le même phénomène se produire au niveau des grosses 
bronches, à cause du calibre considérable de ces con- 
duits. Nous croyons plus rationnel de dire que les fibres 
musculaires des voies aériennes sont comparables à 
celles des canaux excréteurs des glandes, qu'elles se con- 
tractent pendant l'excrétion du poumon pour favoriser 
le retrait de cet organe élastique et, par conséquent, 
l'évacuation des produits d'excrétion. Supposons, en 
effet, le thorax dilaté par l'inspiration. La dilatation du 
poumon n'a pas été déterminée seulement par l'expan- 
sion du tissu propre du poumon, mais aussi par l'aug- 
mentation du calibre des divisions bronchiques. Cette 
dilatation générale de l'organe détermine l'excitation des 
fibres contractiles circulaires, qui forment une couche 
régulière dans l'épaisseur des divisions bronchiques. 
Les fibres se contractent, et, par leur contraction, elles 
aident au retrait du tissu pulmonaire, en même temps 
qu'elles concourent à l'expulsion des produits de l'ex- 
piration. 



84 a \ ATONIE RT PHYSIOLOGIE DU POUMON. 

§ III. — Déductions pathologiques. 

Quelles déductions pathologiques pourrons- nous 
tirer des considérations anatomiques et physiologiques 
qui précèdent? 

Les très -nombreuses applications pathologiques 
soulevées par cette question sont du plus grand intérêt: 
aussi nous proposons-nous d'en faire l'objet d'un travail 
spécial. Nous pouvons néanmoins , dès aujourd'hui , 
émettre quelques propositions destinées à faire con- 
naître , aussi succinctement que possible, dans quel 
esprit il sera conçu.. 

Les idées que nous publions aujourd'hui ne sont que 
de simples propositions, mais nous ne serions nulle- 
ment surpris de voir que quelques-unes d'entre elles 
fussent le point de départ de travaux importants, con- 
cernant l'étude et donnant l'explication de certains 
phénomènes morbides incomplètement connus. Elles 
conduiraient les médecins à un traitement rationnel 
et peut-être curalif, de quelques lésions pulmonaires 
réputées fort graves. 

Nous dirons quelques mots de l'asphyxie, du choléra, 
de l'asthme, de l'emp'hysèmeetdèl'étatfœtal du poumon. 

1° Asphyxie, choléra, action du système nerveux sur le 
poumon. On dit généralement que l'asphyxie est due à 
la privation, à la diminution de l'oxygène de l'air. 
Lorsque cet air manque pendant un certain temps, la 
mort survient nécessairement. D'après notre théorie. 



DEDUCTIONS PATHOLOGIQUES. 85 

on peut comparer l'asphyxie à l'urémie. Dans les deux 
cas, les produits d'excrétion des glandes s'accumulent 
dans le sang; s'il s'agit de l'urémie, la mort survient 
à la suite des symptômes graves que détermine l'accu- 
mulation de l'urée et de l'acide urique dans le sang, 
tandis que, dans l'asphyxie, elle survient à la suite de 
l'accumulation de l'acide carbonique. Il est évident que 
la privation d'oxygène concourt puissamment à hâter 
la mort du malade, mais il ne faut pas perdre de vue 
que le poumon est chargé de deux fonctions et que 
l'asphyxie, phénomène complexe , détermine la cessa- 
tion des phénomènes de la respiration, et en même 
temps ceux de l'excrétion. Donc, indépendamment de 
la mort qui survient par la privation d'oxygène, nous 
dirons qu'elle survient aussi et surtout par suite de l'ac- 
cumulation dans le sang, des produits d'excrétion, acide 
carbonique et matière organique, exhalés par le pou mon. 
M. Doyère et plusieurs autres savanlsontconstaté que 
les cholériques n'excrètent qu'une quantité à peine 
perceptible d'acide carbonique, par le poumon. Ils ont 
constaté la diminution de ce gaz, dans les produits d'ex- 
crétion, chez d'autres malades. Il me parait difficile de 
donner, en ce moment , une explication suffisante de 
ces phénomènes; mais pourquoi ne pas insister sur ce- 
fait qui peut devenir le point de départ de nouvelles 
études sur le choléra? Pourquoi ne pas chercher pour 
quelle cause l'excrétion de l'acide carbonique ne se 
produit pas , et si ce défaut d'excrétion est cause ou 



86 ANATOMIE ET PHYSIOLOGIE DU POUMON. 

effet de la maladie? Cause ou effet, ce curieux phéno- 
mène n'en mérite pas moins une étude sérieuse. On 
ne peut point dire, ici, que l'excrétion du poumon 
ne se fait pas parce que l'oxygène manque, car la respi- 
ration a lieu. Examinons les causes de ce phénomène. 

Depuis les leçons faites par M. Cl. Bernard, au Collège 
de France, on a eu la démonstration évidente de ce fait, 
que le système nerveux régit les phénomènes de sécré- 
tion et d'excrétion des glandes. Or, le poumon est un 
organe qui reçoit deux espèces de nerfs, comme la plu- 
part des glandes, le grand sympathique et le pneumo- 
gastrique. Pourquoi les symptômes du choléra ne tien- 
draient-ils pas à un trouble de l'innervation du poumon 
faisant cesser l'excrétion de cette glande ? La piqûre 
du plancher du quatrième ventricule détermine bien la 
sécrétion du sucre, l'excitation des nerfs qui se rendent 
aux glandes salivaires amène bien une augmentation 
dans la quantité de salive sécrétée. Pourquoi donc ce 
trouble nerveux, encore inconnu, du poumon, n'empê- 
cherait-il pas l'excrétion de l'acide carbonique ? 

On ne doit pas nier l'action du système nerveux sur 
cette excrétion ; et par cela même qu'un phénomène 
n'est pas encore entièrement connu, il est logique d'ac- 
cepter, avec réserve toutefois, les présomptions, les 
probabilités qui peuvent servir à le faire connaître. 

Comment ne pas admettre un rôle spécial du système 
nerveux sur cette fonction, lorsqu'on songe à l'effet que 
déterminent sur la respiration les émotions de toute 



DEDUCTIONS PATHOLOGIQUES. 87 

sorte? La joie, la douleur, la colère, le plaisir satisfait, 
la passion assouvie, ont une influence considérable sur 
la respiration qui devient tantôt très-libre , tantôt dif- 
ficile, selon la nature, selon la constitution des indi- 
vidus. Expliquerait-on ces phénomènes par une con- 
gestion, par une réplétion brusque des capillaires du 
poumon? Cette explication ne serait pas rationnelle. 
Dans tous ces cas, l'influx nerveux présidant à l'excré- 
tion pulmonaire est modifié, et c'est tout. 

Nous trouvons, dans la physiologie expérimentale, des 
exemples incontestables de la cessation de l'absorption 
de l'oxygène , pendant que l'acide carbonique continue 
à être excrété. On peut, en effet, déterminer une as- 
phyxie lente chez les animaux à sang froid, et assister 
aux troubles qu'elle manifeste. Ces animaux peuvent 
vivre encore plusieurs jours, lorsqu'ils sont privés d'oxy- 
gène. Pendant ce temps, ils excrètent de l'acide carbo- 
nique, quoiqu'ils n'absorbent pas d'oxygène '.Ces expé- 
riences ne prouvent-elles pas aussi que ces animaux 
meurent surtout par l'accumulation de l'acide carbo- 
nique dans le sang, plutôt que par la privation d'oxygène? 

M. Claude Bernard a fait , de l'innervation des glandes, 
une étude spéciale. Il a montré l'influence considérable 
du système nerveux sur la sécrétion et sur la circula- 
tion des tissus glandulaires. M. Bernard a démontré 
qu'il existe deux sortes de nerfs dans ces tissus : le nerf 

1 . Voir page 67 . 



88 ANATOMIE ET PHYSIOLOGIE DU POUMON. 

de la vie animale , qui préside à la sécrétion , et le nerf 
de la vie organique qui tient sous sa dépendance la cir- 
culation de la glande. 

La glande pulmonaire reçoit aussi deux espèces de 
nerfs: le grand sympathique et le pneumogastrique, qui 
se rendent au poumon en suivant le trajet des divisions 
bronchiques, sur les parois desquelles ils sont accolés. 
Quoique Malpighi ait indiqué dans plusieurs dessins le 
mode de terminaison de ces nerfs en forme de pin- 
ceaux ', les auteurs s'accordent aujourd'hui à dire 
qu'elle est inconnue. Au point de vue physiologique, la 
question n'était point fort avancée sur ce sujet avant la 
publication des Leçons de physiologie expérimentale de 
M. Cl. Bernard. 

A celte époque, on disait, et, depuis encore, plusieurs 
auteurs, qui n'ont probablement pas eu connaissance 
des expériences de ce savant, répètent que les nerfs 
pneumogastrique et grand sympathique exercent sur le 
poumon une grande influence. D'après ces auteurs, les 
nerfs, le pneumogastrique surtout, tiennent sous leur 
dépendance la circulation pulmonaire et la contraction 
des fibres musculaires des bronches. Lorsqu'on coupe 
les pneumogastriques à un animal, il peut vivre encore 
plusieurs jours et même quelques semaines. Mais la 
mort survient inévitablement par asphyxie lente , avec 
les troubles suivants : 1° la contractilité des bronches 

1. Bibliothcca tmatomica, Mangetti , T. I. 



DEDUCTIONS PATHOLOGIQUES. 89 

n'existant plus, le mucus bronchique s'accumule dans 
leur cavité , et ne pouvant plus être expulsé, il remplit 
bientôt les divisions bronchiques et détermine l'as- 
phyxie ; 2° la circulation capillaire du poumon s'em- 
barrasse, il y a congestion pulmonaire, en môme temps 
que se produisent des phlegmasies partielles du paren- 
chyme de cet organe, et des infiltrations sanguines. 

Selon M. Longet, il faudrait ajouter à ces lésions 
une variété d'emphysème vésiculaire déterminé par 
la paralysie des fibres musculaires qu'il admet dans 
les parois de-s lobules pulmonaires, quoique plusieurs 
micrographes nient leur existence. 

On voit, d'après ce que nous venons de dire, que 
le rôle du grand sympathique est ici complètement 
négligé. 

Depuis quelques années, MM. Scliiff, Cl. Bernard , etc., 
ont parlé longuement des nerfs vaso-moteurs venus du 
grand sympathique. Nous savons que, dans la plupart 
des tissus, dans les parenchymes surtout, il est dé- 
montré que le grand sympathique préside à la nutrition 
et à la circulation. 

Pourquoi en serait-il autrement dans le poumon? Et 
ne serait-il pas rationnel de dire que le grand sympa- 
thique est le nerf vaso-moteur du poumon , qu'il gou- 
verne la circulation et la nutrition de la glande pulmo- 
naire? En comparant le poumon aux glandes, nous pour- 
rions continuer la comparaison entre les nerfs des 
glandes et ceux du poumon, et dire (pie le pneumogas- 



90 ANATOMIE ET PHYSIOLOGIE DU POUMON. 

trique est le nerf qui préside à l'excrétion du poumon. 

Il y a loin de cette explication à celle des auteurs 
que nous citions, il n'y a qu'un instant. Mais si nous 
examinons les expériences de l'éminent professeur du 
Collège de France, nous verrons combien elles diffè- 
rent de ce qu'on a dit jusqu'à ce jour ; nous verrons en 
même temps qu'elles viennent à l'appui de la théorie 
que nous soutenons. 

11 serait fort long de rapporter toutes les expériences 
de M. Cl. Bernard; nous nous contenterons de signaler 
quelques points principaux, renvoyant le lecteur aux 
belles pages que ce savant a écrites sur ce sujet 1 . 

Après avoir cité plusieurs expériences , on trouve 
cette phrase soulignée , page 354 : Lorsqu'on a coupé les 
pneumogastriques à un animal , la mort qui survient n'est 
donc pas nécessairement la conséquence de l'asphyxie. 

En effet, l'asphyxie peut ne pas se montrer, et la 
mort survient au bout de plusieurs jours; du reste, 
chez les oiseaux, les lésions pulmonaires, signalées par 
la plupart des auteurs, ne se montrent pas. 

À propos de l'emphysème qui suit la section des nerfs 
pneumogastriques, l'auteur s'exprime ainsi, p. 368 : 

La lésion pulmonaire consécutive à la section des pneumo- 
gastriques produit donc un emphysème traumatique, par 
suite d'extension mécanique du tissu du poumon. 

1. Cl. Bernard, 1858. Leçons sur le système nerveux. 2 e vol., p. 344 
etsuiv. 



DEDUCTIONS PATHOLOGIQUES. 91 

Cet emphysème se montre surtout chez les jeunes 
animaux dont le tissu pulmonaire est plus friable. Il ne 
s'est point montré chez de vieux chiens en expérience. 

Lorsqu'on lit attentivement le récit des expériences 
que nous signalons, on reste convaincu que les lésions 
du poumon indiquées par les auteurs n'existent pas, ou, 
du moins, ne déterminent pas nécessairement la mort. 
Quant à la cause qui détermine la mort chez les ani- 
maux, M. Bernard n'est pas très-explicite à cet égard. 

Voyant d'un côté les assertions erronées de quelques 
auteurs ; d'un autre côté, les hésitations de M. Cl. Ber- 
nard ; considérant que. sous tous les points de vue, le 
poumon est une glande, nous ne voyons pas pour quelle 
raison nous ne donnerions pas au pneumogastrique la 
propriété de veiller à l'excrétion pulmonaire dont il 
réglerait les oscillations. 

Naturellement, cette courte discussion nous conduit 
à nous occuper de l'asthme essentiel , asthme nerveux. 

2° Asthme. L'asthme est, de l'avis de tous, une 
névrose du poumon ; personne ne songe à le contester ; 
mais lorsqu'il s'agit d'indiquer le siège de cette névrose , 
il me semble que les auteurs l'ont placé dans les fibres 
musculaires des bronches, ne voyant pas trop qu'elle put 
trouver sa place ailleurs. D'après le mode de contrac- 
tion des fibres lisses , d'après la disposition anatomique 
des tuyaux bronchiques, et d'après la résistance énorme 
qu'offre le tissu élastique du poumon à la rétraction 
des bronches vers leur propre cavité , nous croyons 



92 AJVATOMIK ET MIYS10LOG1K DU POUMON. 

impossible que les tubes diminuent suffisamment de 
volume pour empêcher la pénétration de l'air et même 
pour la gêner. Pour nous , l'asthme est une névrose 
revenant par accès, comme l'hystérie, l'épilepsie, et le 
siège de cette névrose doit être placé dans les nerfs du 
parenchyme pulmonaire. Elle est l'expression d'un 
trouble survenu dans l'innervation de la glande pulmo- 
naire. On ne connaît pas exactement en quoi consistent 
les phénomènes nerveux hystériques, épileptiques, etc. 
Rejette-t-on, pour cette raison, l'existence de cesmala- 
dies ? De même, sans savoir au juste en quoi consiste 
ce trouble nerveux de la glande pulmonaire , on n'est 
pas en droit de nier l'asthme nerveux, dont il existe de 
nombreuses et incontestables observations. 

En résumé, l 'asthme nerveux existe, et de plus, au lieu de 
consister en une contraction convulsive des fibres musculaires 
des divisions bronchiques , cette névrose ne serait autre chose 
qu'un trouble survenu dans les ramifications terminales du 
pneumogastrique, et conséquemment dans les phénomènes de 
l'excrétion pulmonaire. 

3° Emphysème. Nous croyons utile de dire quelques 
mots de l'emphysème vésiculaire du poumon. Cette ma- 
ladie est caractérisée par la dilatation des culs-dc-sac 
de la glande pulmonaire; les parois de ces culs-de-sac 
ont perdu, en partie, leur élasticité. L'emphysème vési- 
culaire se développe dans les parties du poumon qui 
fonctionnent le plus- (sommet et bord antérieur), sous 
l'influence d'une pression intérieure qui refoule la paroi 



DÉDUCTIONS PATHOLOGIQUES. 93 

des culs-de-sac de dedans en dehors. C'est ainsi qu'il se 
montre dans le poumon des individus qui abusent delà 
parole ou qui font des efforts fréquemment répétés. 
Dans ces cas, l'air reste emprisonné dans les voies d'ex- 
crétion du poumon et presse la surface intérieure du 
cul-de-sac, qui finit par céder. Naturellement, on ob- 
jectera que cette pression est bien légère. Assurément; 
mais lorsque cette pression , qui est, en somme, supé- 
rieure à la résistance qu'opposent les gaz lorsqu'ils sont 
chassés par le poumon, lorsque cette pression se répète 
seize à dix-huit fois par minute pendant des années 
entières, on conçoit qu'elle finisse par amener un chan- 
gement dans l'état anatomique de la glande pulmo- 
naire. 

L'emphysème vésiculaire du poumon se développe 
de la même manière, sous l'influence de la bronchite. 
Lorsqu'une bronchite existe à l'état chronique, ou bien 
encore lorsqu'un sujet est fréquemment affecté de bron- 
chite aiguë , il se produit à la surface muqueuse des 
bronches , une sécrétion exagérée de mucus , qui 
obstrue plus ou moins complètement les petites divi- 
sions bronchiques. Pendant l'effort cle l'inspiration, 
mouvement actif qui détermine l'entrée de l'air dans le 
poumon, le courant d'air traverse les mucosités et 
pénètre dans les culs-de-sac de la glande. L'expiration, 
au contraire, se fait ordinairement sans le secours des 
muscles expirateurs; elle n'a lieu -que sous l'influence 
de l'élasticité du poumon et des parties environnantes 



94 ANATOMIE ET PHYSIOLOGIE DU POUMON. 

qui reprennent la place qu'elles occupaient avant l'ins- 
piration. Les muscles expirateurs ne se contractent 
que dans les expirations forcées, comme dans la toux, 
le rire, etc. Le retrait du poumon, pendant, l'expiration, 
est bien suffisant pour chasser les produits gazeux 
d'excrétion de la glande pulmonaire, à condition que 
les voies d'excrétion soient libres; mais si les gaz 
excrétés trouvent un obstacle dans le mucus qui obli- 
tère les petites bronches, ces gaz n'ont pas la force suffi- 
sante pour soulever cet obstacle ; ils sont retenus dans 
le lobule pulmonaire et les petites bronches. Pendant ce 
temps, le poumon revient sur lui-même, excepté au 
niveau des lobules où l'air a été emprisonné (Voy. fig.40). 
Ceux-ci restent dilatés pendant un temps variable , et 
comme ce phénomène doit se renouveler incessamment 
dans une grande quantité de lobules , on comprend 
qu'à la longue ils finissent par se dilater et perdre leur 




Fig. 38. Montrant la coupe d'un groupe de lobules, pendant 
l'inspiration. 



DÉDUCTIONS PATHOLOGIQUES. 95 

élasticité. Cette théorie de l'emphysème, indiquée par 
Laënnec , soutenue par Beau, est la seule véritable: 
elle manquait seulement d'une explication suffisante. 




Fig. 39. Montrant le même groupe de lobules , pendant l'expiration. 




Fig. 40. Montrant le même groupe de lobules que la figure 39, 
avec deux lobules dilatés par l'air emprisonné, et devenant emphy- 
sémateux. 

I, Bronche. — 2. 2. Lobules dilatés par l'air emprisonné. — 3. 3. Inté- 
rieur du lobule rempli d'air. - i. 4. Bouchon formé par le mucus bron- 
chique. — 5. 5. Lobules revenus sur eux-mêmes pendant l'expiration. 

Gaerdner a inventé une autre théorie que quelques 



96 ANATOMIE ET PHYSIOLOGIE DU POUMON. 

médecins, trop confiants, ont accueillie avec empres- 
sement. 

Gaerd ner adresse à la théorie de Laënnec l'objection 
suivante qui paraît sans réplique. Comment se fait-il 
que la bronchite siège surtout à la base des poumons et 
en arrière , tandis que l'emphysème , produit par la 
bronchite, siège au sommet et au bord antérieur de ces 
organes? La théorie précédente est donc fausse? Alors 
tout le monde de s'incliner et de donner raison à 
Gaerdner ! Cherchons à expliquer. 

Nous ferons observer que la bronchite, quoique plus 
intense à labase, siégedans toute Pétenduedes poumons. 
Or, le sommet et le bord antérieur des poumons sont 
presque les seules parties qui respirent clans les respi- 
rations ordinaires. Il est donc naturel dépenser, d'après 
l'explication que nous en avons donnée selon Laënnec, 
que cette lésion se développe surtout dans les points où 
la cause se renouvelle incessamment. 

Lamême observation s'applique à l'emphysème, qu'on 
trouve ordinairement chez les tuberculeux. M. Gallard, 
parmi un grand nombre de médecins, a cité plusieurs 
observations d'emphysème chez les tuberculeux; il 
remarque que l'emphysème se montre au voisinage des 
tubercules. Nous expliquons sa production de la même 
manière que celle de l'emphysème qui suit la bron- 
chite ; seulement, les divisions bronchiques, au lieu 
d'être obstruées par du mucus, sont obstruées par des 
tubercules comprimant les divisions bronchiques sur le 



DÉDUCTIONS PATHOLOGIQUES. 97 

trajet desquelles ils sont situés. Il est facile de com- 
prendre, en effet , que l'inspiration, en dilatant le pou- 
mon, dilate les divisions bronchiques qui admettent 
Pair, et que, pendant l'expiration, de petits tubercules, 
situés sur le trajet des canalicules ou dans les canali- 
cules, obstruent le calibre de ceux-ci avant que le 
lobule et le canalicule se soient complètement vidés du 
gaz qu'ils contenaient. 

D'après la théorie de Gaerdner, il faudrait admettre 
que les diverses parties du poumon se suppléent et 
que, un lobe venant à être supprimé, les autres rem- 
plissent ses fonctions. Partant de ce point, Gaerdner 
admet que, lorsque certaines divisions bronchiques sont 
oblitérées par du mucus, les lobules des bronches voi- 
sines fonctionnent pour ceux de la bronche obstruée, 
et, de cette considération, il conclut à la dilatation des 
vésicules du poumon. L'emphysème serait donc pour 
Gaerdner une dilatation des vésicules pulmonaires par 
surcroît d'activité fonctionnelle; il s'appuie précisé- 
ment, pour étayer sa théorie, sur ce fait que l'emphy- 
sème siège sur les points opposés au siège de la bron- 
chite : différence de siège dont nous avons donné une 
explication rationnelle. 

Si la théorie de Gaerdner était la vraie, quel formi- 
dable emphysème ne verrait-on pas dans l'un des pou- 
mons, lorsque l'autre est comprimé pendant très-long- 
temps par un épanchement de la plèvre ? Si elle était 
vraie, pourquoi, lorsque le tubercule pulmonaire est 



98 ANATOMIE ET PHYSIOLOGIE DU POUMON. 

unilatéral, ne verrait-on pas l'emphysème dans le pou- 
mon opposé, au lieu de le voir toujours accompagner 
de très-près les masses tuberculeuses ? Enfin , pourquoi 
les autres lésions pulmonaires qui envahissent une par- 
lie du poumon, ne donneraient-elles pas lieu à cet em- 
physème pour ainsi dire supplémentaire ? Le cancer du 
poumon, les kystes, déterminent-ils l'emphysème ?Non. 
La théorie de Gaerdner doit donc s'effacer devant celle 
de Laënnec et de Beau. 

Dans une thèse fort bien faite et que nous regrettons 
d'avoir connue trop tard (Étude anatomique, physiologique 
el clinique sur V auscultation du poumon chez les enfants , 
1863), un savant agrégé en anatomie de la Faculté de 
Montpellier, M. Armand Sabathier, cherche à conci- 
lier l'opinion de Gaerdner et celle de Laënnec dans 
la production de l'emphysème pulmonaire. Nous ne 
croyons pas ces opinions conciliables, et, autant celle de 
Gaerdner nous paraît erronée, autant nous croyons à la 
vérité de celle de Laënnec. 

Les cliniciens sont loin de s'entendre sur les mots 
asthme et emphysème. Nous venons de dire ce que si- 
gnifient ces deux mots. Cependant, comment expliquer 
cette confusion de tous les jours, qui consiste à con- 
fondre ces expressions? Gela tient à ce que ces mala- 
dies se compliquent fréquemment. L'emphysème est 
une dilatation des vésicules pulmonaires , survenant, 
soit par suite d'une prédisposition transmise à l'indi- 
vidu par ses parents, soit à la suite de bronchites. 



DÉDUCTIONS PATHOLOGIQUES. 09 

L'emphysème coexiste très-souvent avec une bron- 
chite, et ces deux maladies s'entretiennent réciproque- 
ment chez certains sujets. L'existence de l'emphysème 
peut amener aussi chez quelques malades des accès ner- 
veux de suffocation connus sous le nom d'asthme, de 
sorte que ces deux maladies se compliquent souvent , 
ou mieux que l'asthme complique l'emphysème. 

Le traitement rationnel qui découle des données 
précédentes consiste (prenons pour exemple un sujet 
ayant bronchite, emphysème et asthme) à diriger les 
premiers moyens contre la sécrétion des bronches. La 
sécrétion bronchique , diminuant ou disparaissant , 
l'emphysème diminue d'intensité. Ce n'est qu'après 
avoir supprimé la bronchite, cause déterminante des 
accès d'asthme , qu'on agira sur cette névrose, et celle- 
ci cédera alors avec d'autant plus de facilité, que la 
cause aura disparu plus rapidement. 

4° État fœtal. L'étude anatomique et physiologique 
du poumon nous amène à parler aussi de l'état fœtal 
du poumon , collapsus ou atélectasie pulmonaire. 

Cette lésion est caractérisée par l'affaissement d'une 
portion du poumon qui ne renferme plus d'air et ne 
sert point à la respiration. Elle siège ordinairement à 
la partie postérieure et à la base du poumon, rarement 
au bord antérieur, et se montre presque toujours 
comme lésion secondaire , chez les sujets affectés de 
bronchite. 

M. Gaerdner a proposé , pour expliquer le déve- 



100 ANATOMIE ET PHYSIOLOGIE DU POUMON. 

loppement clu collapsus , une théorie acceptée par 
MM. Rilliet et Barthez, et pouvant être ainsi exprimée: 
Le mucus obstrue les petites bronches; pendant une 
expiration, dont la force est supérieure à celle de l'ins- 
piration , l'air, en sortant des lobules pulmonaires , 
traverse le mucus, qui oblitère de nouveau le tube 
bronchique après l'expiration. Une inspiration a lieu 
ensuite ; mais comme la force d'inspiration est moins 
considérable, l'air ne peut plus vaincre la résistance du 
mucus, et les lobules pulmonaires correspondant à la 
bronche obstruée , ne recevant plus d'air, s'affaissent 
et constituent Vétat fœtal du poumon. 

Cette théorie est aussi fausse que celle de l'em- 
physème, du même auteur. 

D'abord, nous ferons remarquer que son point de 
départ est absolument inexact. Dans cette théorie , on 
admet que l'expiration est plus forte que l'inspiration, 
et c'est précisément le contraire qui existe. Le dernier 
de ces mouvements se fait sous l'influence de la con- 
traction de muscles très-vigoureux , tandis que le 
premier se fait seulement par la seule élasticité du pou- 
mon. Un physiologiste ne dira jamais que la force de 
l'expiration est supérieure à l'autre, si ce n'est dans 
des cas exceptionnels ; et dans les cas où le sujet exécute 
de vigoureuses expirations forcées, on ne remarque pas 
la production de l'état fœtal. Ceci , seul , suffirait à 
prouver que le collapsus clu poumon reconnaît une 
autre cause. 



DÉDUCTIONS PATHOLOGIQUES. 101 

M. le docteur Armand Sabathier, à la page 70 de son 
intéressant Mémoire, dit que, dans certains cas, la vraie 
cause du collapsus doit être recherchée dans l'absorp- 
tion de l'air par les vésicules du poumon. M. Sabathier 
dit que c'est aussi l'opinion du docteur Fuchs (Leipzig, 
1849). Nous ne croyons pas que la cause indiquée par 
le physiologiste de Montpellier existe seulement quel- 
quefois, mais bien constamment. 

Nous renvoyons le lecteur à l'explication que nous 
avons donnée de l'emphysème vésiculaire du poumon, 
et qui est parfaitement applicable ici. En effet, l'air, 
pendant l'inspiration, traverse le mucus qui obstrue les 
bronches, et se rend aux lobules. L'expiration étant 
beaucoup moins forte que l'inspiration, cette quantité 
d'air se trouve emprisonnée au fond des lobules corres- 
pondants du poumon, et passe par absorption dans le 
sang qui circule dans les capillaires des lobules. 

Une expérience de M. Mendelsohn prouve bien que 
l'air emprisonné dans les lobules peut être absorbé par 
les vaisseaux pulmonaires. Il introduisit dans la tra- 
chée d'un lapin une balle de plomb et la poussa dans la 
bronche gauche au moyen d'une sonde. Deux jours 
après, l'animal étant mort, on trouva le poumon droit 
emphyséméteux et dilaté, tandis que le poumon gauche 
était à l'état de collapsus. Il fit d'autres expériences 
avec des boules de papier et de la solution de gomme, et 
il obtint le même résultat. 

Cette explication de l'état fœtal ou collapsus du pou- 



102 ANATOMIE ET PHYSIOLOGIE DU POUMON. 

mon s'accorde parfaitement avec les données physio- 
logiques que nous avons précédemment étudiées. 

Mais , dira-t-on , comment se fait— il que la même 
cause détermine tantôt l'emphysème , tantôt le col- 
lapsus? Cette différence dépend, très-probablement, 
d'une différence dans l'état anatomique du poumon et 
peut-être dans l'état du sang. 

§ IV. — Conclusions. 

En résumé , nous croyons avoir démontré dans ce 
travail : 

1° Que le poumon , au point de vue anatomique, est 
une glande en grappe ; 

2° Que cetteglande fonctionne à la manière des autres 
organes glandulaires ; 

3° Qu'elle est chargée d'éliminer les principes gazeux 
du sang ; 

4° Que plusieurs phénomènes morbides, dans les 
affections pulmonaires, mal connus jusqu'à ce jour, 
trouvent une explication satisfaisante, découlant de la 
manière dont nous avons envisagé le poumon , tant au 
point de vue anatomique, qu'au point de vue physiolo- 
gique. Nous ne présentons, dans ces déductions patho- 
logiques , qu'un résumé d'un travail plus complet qui 
sera publié prochainement. 



TABLE DES MATIÈRES 



Avant-propos 1 

Travaux anciens sur le poumon lb_ 

Travaux modernes 3 

Chapitre Premier. — Le poumon est une glande 6 

Article Premier. — Idées générales sur les glandes. ... 7 

§ 1er. — Assimilation. Désassimilation lh. 

§ II. — Glandes. Organes de désassimilation 8 

I. — Portions sécrétante et excrétante des glandes. . . 9 

II. — Membrane type représentant toutes les glandes. . 10 

III. —De la division des glandes d'après leur disposition 

anatomique ">■. 

1o Glandes en grappe (fig. I) 11 

2o Glandes en tube (fig. 2,3, 4,5) 12 

3o Glandes vasculaires sanguines (fig. 6) 13 

4o Glandes séreuses (fig. 7) 14 

Définition des glandes 13 

Tableau des glandes 18 

IV. —La structure des éléments glandulaires est partout 

la même (fig. 8, 9, 10, 11) 19 



§ £H. —Analogie de tissus; analogie de fonctions. . 



23 



104 TABLE DES MATIÈRES. 

Pages. 

Article Deuxième. — Le poumon est une glande en grappe ; 

il fonctionne comme une glande 24 

§ 1er. — Analogies entre les voies aériennes et les voies d'ex- 
crétion des glandes lb. 

§ II. — Analogies entre la portion sécrétante du poumon 

et celle d'une glande en grappe 27 

I. — Canalicules respirateurs identiques aux canaux 

sécréteurs des glandes (fig. 12) 29 

II. — Le lobule pulmonaire est identique à l'acinus des 

glandes en grappe lb. 

III. — Pour quelle raison le poumon est élastique (fig. 13, 

14 et 15) 31 

§ III. — Différence entre les portions sécrétante et excré- 
tante du poumon 33 

§ IV. — Autres analogies entre le poumon et une glande en 

grappe (fig. 16 et 17) . ........ 35 

Article Troisième. — Quelques mots sur la structure du pou- 
mon 38 

§ 1er. _ Divergence des opinions émises sur ce sujet. . . lb. 

§ H. — Structure du poumon admise par la plupart des 

auteurs modernes (fig. 19, 20, 21) 40 

§ III. — Les auteurs ne diffèrent d'opinion que sur un 

point (fig. depuis 22 jusqu'à 33) 45 

Article Quatrième. — Le développement du poumon montre 

aussi que cet organe est une glande (fig. 34, 35, 36). . 36 



TABLE DES MATIÈRES. 10S 

Pages. 

Chapitre Deuxième. — Le poumon présente une sécrétion ana- 
logue à celle des autres glandes 53 

§ I er . — Sécrétion et excrétion; le poumon excrète. . . lb. 

§ II. — Pourquoi on n'a jamais étudié la fonction d'excré- 
tion du poumon 61 

§ III. —Le poumon a deux fonctions 76. 

§ IV. — Moment de l'excrétion pulmonaire 62 

§ V. — Nature de l'excrétion pulmonaire lb. 

§ VI. — Mécanisme de l'excrétion 6.3 

§ VIL — Produits d'excrétion 65 

I. — Excrétion de l'azote Ib. 

IL — Excrétion de l'acide carbonique lb. 

III. — Excrétion de la vapeur d'eau 68 

IV. _ Excrétion d'une matière organique 69 

§ VIII. — Quantité de produits excrétés lb. 

I. —Azote 70 

II. — Acide carbonique Ib- 

III. — Eau 72 

IV. — Matière organique 73 

§ ix. —Action élective du poumon sur les substances in- 
troduites dans le sang Jb - 

§ X. — Évacuation des produits d'excrétion 76 

Expérience de M. Cl. Bernard, rapprochant le poumon 
des glandes ' 



106 TABLE DES MATIÈRES. 

Pages . 

Chapitre Troisième. — Rôle de l'épilhélium cylindrique à cils 
vibratiles des voies aériennes, des fibres musculaires des bron- 
ches, déductions pathologiques et conclusions 79 

§ I er . — Rôle de l'épithélium cylindrique à cils vibratiles 

des voies aériennes (fig. 37) Ib. 

§ IL — Rôle des fibres musculaires des divisions bron- 
chiques 82 

§ III. —Déductions pathologiques (fig. 38, 39, 40). . . 84 

1« Asphyxie, choléra, action du système nerveux sur 

le poumon Ib. 

2« Asthme 9<l 

3o Emphysème 92 

4o État fœtal 99 

§ IV. — Conclusions 102 



POITIERS. — TYPOr.HAPIIlE DE HENRI 0UD1N. 



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